Domiciliation bancaire à l'import : ce que changent l'instruction 05-2026 et la note 01/DGC/2026

📌 En résumé : En mai 2026, la Banque d'Algérie a publié coup sur coup deux textes qui changent la mécanique de l'importation. La note n° 01/DGC/2026 du 14 mai impose que la domiciliation bancaire intervienne avant l'expédition des marchandises. L'instruction n° 05-2026 du 19 mai conditionne toute domiciliation d'importation destinée à la revente en l'état à deux ratios : actif net ≥ capital social, et encours non réglé ≤ 100 % des fonds propres, toutes banques confondues. Concrètement, la capacité à importer se décide désormais sur le bilan, avant même la commande.

Mots-clés de cet article

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1. Ce qui a changé en mai 2026 : trois textes à lire ensemble

Isolés, ces textes paraissent techniques. Lus ensemble, ils dessinent une même logique : déplacer le contrôle en amont de l'opération d'importation, du dénouement vers l'engagement. Là où un dossier se régularisait autrefois en cours de route, il se joue désormais avant que le fournisseur n'expédie quoi que ce soit.

TexteDateCe qu'il imposeÀ qui
Instruction n° 03-2626 avril 2026Plafonne les engagements extérieurs par signature des banques à 50 % de leurs fonds propres réglementairesBanques et établissements financiers
Note n° 01/DGC/202614 mai 2026Domiciliation bancaire obligatoire avant l'expédition des marchandisesBanques intermédiaires agréées
Instruction n° 05-202619 mai 2026Exigences de surface financière pour importer des biens destinés à la revente en l'étatBanques domiciliataires et opérateurs

📌 Le point souvent manqué : l'instruction 03-26 ne s'adresse pas aux importateurs, mais elle les touche directement. En plafonnant à 50 % des fonds propres réglementaires les engagements extérieurs par signature des banques, elle réduit l'enveloppe globale disponible. Une banque qui approche de son plafond devient sélective — indépendamment de la qualité de votre dossier.

Un fondement juridique commun

Les deux mesures de mai s'appuient sur le même socle : le règlement n° 07-01 du 3 février 2007 relatif aux règles applicables aux transactions courantes avec l'étranger et aux comptes devises, modifié et complété. La note du 14 mai se fonde sur l'alinéa 3 de son article 29 ; l'instruction du 19 mai, signée par le gouverneur Mohamed Lamine Lebbou, sur son article 42. Il ne s'agit donc pas d'un régime nouveau, mais d'une application resserrée d'un cadre existant.

2. La surface financière : deux conditions chiffrées, non négociables

L'instruction n° 05-2026 pose un principe simple : « La banque domiciliataire doit procéder à l'appréciation de la surface financière de l'opérateur économique préalablement à toute domiciliation d'opération d'importation de biens destinés à la revente en l'état. » Cette appréciation n'est pas laissée à l'interprétation : le texte fixe deux seuils.

Condition 1 — L'actif net doit être au moins égal au capital social

La banque doit s'assurer, avant toute domiciliation, que l'actif net de l'opérateur est égal ou supérieur à son capital social. Le contrôle s'effectue « sur la base des états financiers de l'exercice écoulé tels que déclarés à l'administration fiscale ». Autrement dit : ce sont vos comptes déposés qui parlent, pas une situation reconstituée pour l'occasion.

La conséquence pratique est brutale pour une catégorie d'entreprises très répandue : celles qui ont accumulé des reports à nouveau déficitaires. Dès lors que les pertes cumulées ont absorbé une partie du capital, l'actif net passe sous le capital social — et la domiciliation devient impossible tant que la situation n'est pas redressée.

Condition 2 — L'encours non réglé plafonné à 100 % des fonds propres

Le second verrou est un plafond d'endettement commercial extérieur : « L'encours des opérations d'importation de biens destinés à la revente en l'état domiciliées par l'opérateur économique auprès de l'ensemble des banques intermédiaires agréés et non encore réglées ne doit, à aucun moment, dépasser cent pour cent (100 %) de ses fonds propres. »

Trois éléments méritent d'être soulignés :

  • « auprès de l'ensemble des banques » — le plafond est consolidé. Répartir ses domiciliations entre plusieurs établissements ne l'augmente pas.
  • « à aucun moment » — le respect du plafond est continu, pas constaté à une date d'arrêté.
  • « non encore réglées » — une opération n'est réputée réglée que « lorsque la banque domiciliataire procède au débit définitif du compte de l'opérateur économique pour la valeur de l'opération ». Tant que le débit n'est pas définitif, l'encours reste consommé.

La déclaration multi-banques

Pour rendre le plafond consolidé contrôlable, l'instruction impose à l'opérateur de remettre, préalablement à toute domiciliation, une déclaration conforme au modèle annexé indiquant les encours de ses opérations domiciliées auprès des autres banques intermédiaires agréées. Cette déclaration engage son signataire.

⚠️ Cas particulier des sociétés nouvellement constituées. Le texte prévoit que la banque « peut se baser sur un bilan d'ouverture et/ou une situation financière intermédiaire dûment visée par un commissaire aux comptes ». C'est une souplesse, pas une dispense : les deux ratios restent applicables, seule la source des chiffres change.

3. Le nouveau calendrier d'une opération d'import

La note n° 01/DGC/2026 inverse un réflexe installé depuis des années. La domiciliation n'est plus une formalité qu'on complète pendant que la marchandise voyage : elle conditionne le départ de la marchandise.

1

Vérifier l'éligibilité — avant de négocier

Contrôler les deux ratios sur les derniers états financiers déposés, et calculer l'encours déjà consommé toutes banques confondues. C'est à ce stade, et non plus tard, que se décide la faisabilité de l'opération.

2

Domicilier le dossier

Facture proforma ou contrat, déclaration des encours auprès des autres banques, états financiers de l'exercice écoulé tels que déclarés au fisc. La banque apprécie la surface financière et ouvre — ou refuse — la domiciliation.

3

Autoriser l'expédition — seulement ensuite

L'ordre d'expédition ne doit être donné au fournisseur qu'une fois la domiciliation ouverte. Toute expédition antérieure fait basculer l'opération dans l'irrégularité.

4

Subir le contrôle documentaire de chronologie

La banque vérifie systématiquement que la date du titre de transport est postérieure à la date de domiciliation. Sont examinés : facture commerciale, Bill of Lading, Airway Bill, CMR, certificats d'expédition et tout document établissant la date effective d'expédition.

Si la date du titre de transport est antérieure à celle de la domiciliation, la banque doit refuser l'opération — sauf autorisation exceptionnelle expressément prévue par la réglementation des changes. La note rappelle par ailleurs que le non-respect de ces dispositions constitue une infraction à la législation et à la réglementation des changes, et charge les banques d'en informer leur clientèle.

🗓️ Mesure transitoire. Les nouvelles dispositions ne s'appliquent pas aux opérations dont l'expédition effective vers le territoire douanier national est intervenue avant la publication de la note. La preuve de cette antériorité s'établit par la date figurant sur le titre de transport. L'instruction 05-2026 prévoit une exclusion équivalente pour les marchandises déjà expédiées avant sa promulgation.

4. Qui est concerné — et qui ne l'est pas

La distinction est décisive et souvent mal comprise : les deux textes n'ont pas le même champ d'application.

SituationNote 01/DGC/2026
domiciliation avant expédition
Instruction 05-2026
surface financière
Importation de biens destinés à la revente en l'état✓ applicable✓ applicable
Importation d'intrants et matières premières transformés localement✓ applicable— hors champ du texte
Importation d'équipements pour compte propre✓ applicable— hors champ du texte
Marchandises expédiées avant la publication des textes— exclues— exclues
Société nouvellement constituée✓ applicable✓ applicable, sur bilan d'ouverture ou situation intermédiaire visée

Autrement dit : tout importateur est concerné par le calendrier (domicilier avant d'expédier), mais seuls les importateurs de biens destinés à la revente en l'état subissent les deux ratios de surface financière. Un industriel qui importe ses intrants n'est pas soumis aux seuils de l'instruction 05-2026 — ce qui ne le dispense évidemment pas des exigences propres à sa banque.

5. Auto-diagnostic : votre dossier passera-t-il ?

Quatre calculs, réalisables en une heure sur vos derniers états financiers déposés, suffisent à savoir où vous en êtes avant d'aller voir votre banque.

#À calculerSeuil réglementaire
1Actif net = total actif − total dettes≥ capital social
2Fonds propres (capitaux propres du bilan déposé)base du plafond
3Encours domicilié non réglé, toutes banques≤ 100 % des fonds propres
4Marge résiduelle = fonds propres − encours (3)montant maximal encore domiciliable

Exemple chiffré

Valeurs illustratives, destinées à montrer le mécanisme de calcul :

  • Capital social : 20 000 000 DZD
  • Capitaux propres après report à nouveau déficitaire de 4 000 000 DZD : 18 500 000 DZD
  • Encours domicilié non réglé, banque A : 9 000 000 DZD · banque B : 6 000 000 DZD → 15 000 000 DZD

Condition 1 : actif net 18 500 000 < capital social 20 000 000 → non satisfaite. La domiciliation est bloquée, quel que soit le montant de l'opération envisagée.
Condition 2 : 15 000 000 / 18 500 000 = 81 % → sous le plafond, avec une marge résiduelle de 3 500 000 DZD. Mais cette marge est inexploitable tant que la condition 1 n'est pas rétablie.

💡 Le piège du plafond consolidé. Beaucoup d'opérateurs raisonnent banque par banque et découvrent le blocage au moment de la déclaration annexe. Le suivi de l'encours consolidé doit être tenu en interne, en continu — c'est le seul moyen de savoir, avant de commander, quel montant reste domiciliable.

6. Actif net inférieur au capital social : les leviers de redressement

Lorsque la condition 1 n'est pas satisfaite, l'écart se comble soit en augmentant les capitaux propres, soit en réduisant le capital social de référence. Les leviers ci-dessous existent en droit algérien ; leur pertinence, leur coût fiscal et leur faisabilité dépendent entièrement de la situation de l'entreprise et se décident avec ses conseils.

  • Augmentation de capital en numéraire — l'effet est immédiat sur les capitaux propres, mais mobilise de la trésorerie et suppose un accord des associés.
  • Incorporation de comptes courants d'associés — convertit une dette envers les associés en fonds propres. Souvent le levier le plus rapide quand les comptes courants sont significatifs.
  • Affectation du résultat en réserves — sans effet si l'exercice est déficitaire, mais structurant sur plusieurs exercices.
  • Réduction de capital motivée par les pertes, suivie d'une augmentation — l'opération dite « coup d'accordéon », qui assainit le report à nouveau. Procédure lourde, à arbitrer avec un juriste.
  • Échelonnement des commandes — ne résout pas la condition 1, mais permet, une fois celle-ci rétablie, de maintenir l'encours sous le plafond en séquençant les domiciliations.

🔎 Constat de terrain (nos missions, non un texte réglementaire). Sur les dossiers d'importation que nous avons accompagnés, le blocage vient rarement de l'activité elle-même : il vient d'un bilan qui n'a jamais été piloté comme un outil de financement. Un report à nouveau déficitaire non traité pendant trois exercices coûte, le jour où la règle change, bien plus cher que son traitement au moment où il apparaît.

Cet article présente le cadre réglementaire applicable et ne constitue ni un conseil juridique, ni une recommandation d'opération. Chaque situation doit être examinée au regard des états financiers réels de l'entreprise.

7. Les 5 erreurs qui bloquent une opération

Constats issus de la pratique d'accompagnement d'opérateurs importateurs, et non de dispositions réglementaires.

  1. Donner l'ordre d'expédition avant l'ouverture de la domiciliation. C'est désormais l'erreur la plus coûteuse : la date du Bill of Lading fige la situation et la banque n'a plus de marge d'appréciation.
  2. Raisonner banque par banque. Le plafond de 100 % est consolidé sur l'ensemble des banques intermédiaires agréées, et la déclaration annexe le rend vérifiable.
  3. Compter une opération comme réglée trop tôt. Tant que le débit définitif du compte n'est pas intervenu, l'encours reste consommé — un paiement partiel ou une provision ne libère rien.
  4. Présenter des comptes différents de ceux déposés au fisc. Le texte renvoie expressément aux états financiers « tels que déclarés à l'administration fiscale ». Un écart se voit immédiatement.
  5. Découvrir son actif net au moment de commander. Un redressement de capitaux propres demande des semaines de formalisme ; il ne se décide pas quand le fournisseur attend l'ordre d'expédition.

FAQ — Questions fréquentes

Que se passe-t-il si la marchandise a été expédiée avant la domiciliation ? +
Si la date du titre de transport est antérieure à la date de domiciliation, la banque doit refuser l'opération, sauf autorisation exceptionnelle expressément prévue par la réglementation des changes. La note n° 01/DGC/2026 rappelle que le non-respect de ces dispositions constitue une infraction à la législation et à la réglementation des changes.
L'instruction 05-2026 s'applique-t-elle à l'importation de matières premières ? +
Non. Le champ de l'instruction n° 05-2026 vise les opérations d'importation de biens destinés à la revente en l'état. Les intrants transformés localement et les équipements acquis pour compte propre ne sont pas visés par ses deux ratios. En revanche, l'obligation de domicilier avant expédition, posée par la note n° 01/DGC/2026, concerne l'ensemble des importations de biens.
Comment est calculé le plafond de 100 % des fonds propres ? +
Il porte sur l'encours des opérations d'importation de biens destinés à la revente en l'état, domiciliées auprès de l'ensemble des banques intermédiaires agréées et non encore réglées. Ce total ne doit à aucun moment dépasser 100 % des fonds propres de l'opérateur. Une opération n'est réputée réglée que lorsque la banque domiciliataire procède au débit définitif du compte pour la valeur de l'opération.
Une société créée cette année peut-elle importer pour la revente en l'état ? +
Oui. Pour un opérateur nouvellement constitué, l'instruction prévoit que la banque domiciliataire peut se baser sur un bilan d'ouverture et/ou une situation financière intermédiaire dûment visée par un commissaire aux comptes. Les deux conditions de surface financière restent applicables : seule la source des chiffres diffère.
Mon actif net est inférieur à mon capital social : puis-je encore domicilier ? +
Non, tant que la situation n'est pas rétablie. L'instruction impose à la banque de s'assurer, avant toute domiciliation, que l'actif net est égal ou supérieur au capital social, sur la base des états financiers de l'exercice écoulé tels que déclarés à l'administration fiscale. Le redressement passe par une action sur les capitaux propres ou sur le capital social, à examiner avec vos conseils.
Ces textes sont-ils toujours en vigueur ? +
Cet article a été vérifié à la date indiquée dans le bloc sources ci-dessous. La réglementation des changes algérienne évoluant rapidement, il est recommandé de confirmer l'état du texte auprès de votre banque domiciliataire ou sur le site de la Banque d'Algérie avant toute opération.

🔎 Sources et références

  • Instruction n° 05-2026 du 19 mai 2026 fixant les exigences en matière de surface financière au titre des opérations d'importation de biens destinés à la revente en l'état — Banque d'Algérie — Réglementation des changes · Vérifié le 01/08/2026
  • Note aux banques n° 01/DGC/2026 du 14 mai 2026 — Direction générale des changes — Banque d'Algérie · Vérifié le 01/08/2026
  • Règlement n° 07-01 du 3 février 2007 relatif aux règles applicables aux transactions courantes avec l'étranger et aux comptes devises (art. 29 al. 3 et art. 42), modifié et complété — Banque d'Algérie · Vérifié le 01/08/2026
  • Instruction n° 03-26 du 26 avril 2026 fixant le niveau des engagements extérieurs des banques et établissements financiers — Banque d'Algérie · Vérifié le 01/08/2026

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BENSAID Farouk ProfitPilot

BENSAID Farouk

Chargé d'Études Financières & Économiques — ProfitPilot NextGen Consulting

Expert certifié auto-entrepreneur, spécialisé en études financières, analyse des risques et études de marché pour PME, startups et investisseurs en Algérie. Voir le profil complet →