VAN, TRI, délai de récupération : votre projet est-il rentable avant d'emprunter ?
📌 En résumé : La partie VI du plan-type imposé par l'annexe V du décret exécutif n° 26-154 exige quatre indicateurs : TRI, VAN, seuil de rentabilité et taux de marge. Ce ne sont pas des cases à remplir : ce sont quatre réponses à une même question — le projet crée-t-il plus de valeur qu'il ne coûte, et à partir de quand ? Cet article explique ce que mesure chaque indicateur, comment il se calcule, et les déroule sur un exemple chiffré complet, de l'investissement initial jusqu'à la décision.
Mots-clés de cet article
1. Quatre indicateurs, une seule question
Un projet peut être utile, bien conçu et porté par une équipe solide, et rester une mauvaise décision financière. Les quatre indicateurs de rentabilité servent à trancher ce point, et rien d'autre.
| Indicateur | Question à laquelle il répond |
|---|---|
| VAN — valeur actuelle nette | Le projet crée-t-il de la valeur, une fois l'argent futur ramené à sa valeur d'aujourd'hui ? |
| TRI — taux de rentabilité interne | Quel taux de financement le projet peut-il supporter avant de cesser d'être rentable ? |
| Délai de récupération | Au bout de combien de temps la mise initiale est-elle récupérée ? |
| Seuil de rentabilité | À partir de quel niveau d'activité le résultat devient-il positif ? |
Ces quatre indicateurs sont explicitement exigés dans les dossiers de foncier économique : la partie VI du plan-type de l'annexe V du décret exécutif n° 26-154 du 14 avril 2026 demande un compte de résultat, un tableau de trésorerie et un bilan prévisionnels sur trois à cinq ans, ainsi qu'une « analyse de rentabilité » comportant TRI, VAN, seuil de rentabilité et taux de marge. Nous détaillons ce plan-type dans notre article sur l'étude technico-économique exigée par l'AAPI.
📌 Le point de départ commun aux quatre : les flux de trésorerie. Aucun de ces indicateurs ne se calcule sur le résultat comptable. Ils se calculent sur les flux nets de trésorerie — ce qui entre réellement en caisse, moins ce qui en sort. Un projet peut afficher un bénéfice comptable et détruire de la trésorerie ; c'est précisément ce que ces calculs révèlent.
2. La VAN : ramener l'argent futur à aujourd'hui
Un dinar encaissé dans cinq ans ne vaut pas un dinar encaissé aujourd'hui : il faut attendre, et cette attente a un coût. La VAN corrige cet écart en actualisant chaque flux futur, puis en retranchant l'investissement initial.
VAN = Σ [ flux de l'année n ÷ (1 + t)n ] − investissement initial
où t est le taux d'actualisation et n le rang de l'année.
Comment lire le résultat
- VAN positive : le projet rapporte davantage que le taux exigé. Il crée de la valeur.
- VAN nulle : le projet rapporte exactement le taux exigé, ni plus ni moins.
- VAN négative : le projet ne couvre pas le coût du capital mobilisé, même s'il dégage un bénéfice comptable.
Le choix du taux d'actualisation
C'est la décision la plus structurante, et la moins expliquée dans les dossiers. Le taux d'actualisation représente le rendement minimal exigé compte tenu du coût des ressources mobilisées et du risque du projet. Il se construit généralement à partir du coût moyen du financement — part bancaire et apport confondus — auquel s'ajoute une prime liée au risque propre à l'activité.
Aucun des textes que nous avons examinés ne fixe de taux d'actualisation réglementaire pour ces études. Le taux relève donc du jugement du rédacteur — ce qui impose de l'expliciter et de le justifier dans l'étude, faute de quoi la VAN devient invérifiable.
3. Le TRI : le taux que votre projet peut supporter
Le TRI est le taux d'actualisation qui rend la VAN exactement nulle. C'est donc le rendement propre du projet, indépendant de la manière dont il est financé.
Sa lecture est simple :
| Situation | Interprétation |
|---|---|
| TRI > coût du financement | Le projet supporte son financement et dégage une marge. VAN positive. |
| TRI = coût du financement | Point d'équilibre exact. Aucune marge de sécurité. |
| TRI < coût du financement | Le projet ne couvre pas ses ressources. VAN négative. |
L'écart entre le TRI et le coût réel du financement est la marge de sécurité du projet : c'est ce que le montage peut absorber en hausse de taux, en dérive de coûts ou en retard de démarrage avant de basculer.
⚠️ Deux limites à connaître. Le TRI suppose implicitement que les flux dégagés sont réinvestis à ce même taux, ce qui est rarement le cas. Et lorsque les flux changent plusieurs fois de signe — un projet qui exige un réinvestissement lourd en cours de route —, plusieurs TRI mathématiquement valables peuvent exister. Dans ces deux cas, c'est la VAN qui tranche.
4. Le délai de récupération : simple, puis actualisé
Le délai de récupération répond à la question la plus intuitive : au bout de combien d'années la mise de départ est-elle revenue ? Il en existe deux versions, et l'écart entre elles est instructif.
Délai simple
On cumule les flux de trésorerie année après année jusqu'à atteindre le montant investi. Facile à calculer, facile à comprendre — mais il ignore complètement le coût du temps.
Délai actualisé
On cumule les flux après actualisation. Toujours plus long que le délai simple, il est le seul cohérent avec la VAN et le TRI.
Cet indicateur ne mesure pas la rentabilité mais l'exposition au risque : plus le délai est long, plus le projet dépend d'hypothèses lointaines, donc fragiles. Un banquier le lit souvent avant la VAN, parce qu'il le rapproche immédiatement de la durée du crédit qu'il accorderait.
Le seuil de rentabilité, dans la même logique
Le seuil de rentabilité complète le tableau en raisonnant non plus en années mais en volume : c'est le niveau d'activité à partir duquel les produits couvrent la totalité des charges. Il se rapproche directement de la capacité de production déclarée dans la partie technique de l'étude — et c'est ce rapprochement qui est vérifié.
5. Exemple chiffré complet
Les valeurs ci-dessous sont illustratives : elles servent uniquement à montrer l'enchaînement des calculs.
Hypothèses. Investissement initial de 100 000 000 DA en année 0. Flux nets de trésorerie prévisionnels sur cinq ans. Taux d'actualisation retenu : 12 %.
| Année | Flux net (M DA) | Coefficient à 12 % | Flux actualisé (M DA) | Cumul actualisé |
|---|---|---|---|---|
| 1 | 18,00 | 0,8929 | 16,07 | 16,07 |
| 2 | 26,00 | 0,7972 | 20,73 | 36,80 |
| 3 | 32,00 | 0,7118 | 22,78 | 59,58 |
| 4 | 34,00 | 0,6355 | 21,61 | 81,18 |
| 5 | 36,00 | 0,5674 | 20,43 | 101,61 |
Les quatre résultats
| Indicateur | Calcul | Résultat |
|---|---|---|
| VAN à 12 % | 101,61 − 100,00 | +1,61 M DA |
| TRI | VAN = +1,61 à 12 % ; VAN = −1,14 à 13 % | ≈ 12,6 % |
| Délai simple | Cumul non actualisé : 18 · 44 · 76 · 110 → entre l'année 3 et 4 | ≈ 3,7 ans |
| Délai actualisé | Cumul actualisé : 81,18 en année 4, 101,61 en année 5 | ≈ 4,9 ans |
Ce que ces quatre chiffres disent ensemble
Le projet est rentable, mais de justesse. La VAN est positive, donc il crée de la valeur au taux exigé. Mais le TRI de 12,6 % ne laisse que 0,6 point de marge au-dessus du taux d'actualisation retenu : une hausse du coût de financement, un dérapage de 5 % sur l'investissement initial ou un décalage d'un an du démarrage suffisent à faire basculer la VAN en négatif.
Le délai actualisé de près de cinq ans confirme cette lecture : la rentabilité repose sur les flux des années 4 et 5, c'est-à-dire sur les hypothèses les plus incertaines. Un tel dossier n'est pas à rejeter — il est à renforcer, sur l'investissement initial ou sur les flux des deux premières années.
Vos quatre indicateurs tiennent-ils ensemble ?
Nous construisons le modèle financier sur vos données réelles, testons la sensibilité des hypothèses et alignons les résultats avec la partie technique de l'étude.
Faire calculer ma rentabilité →6. Les six erreurs de calcul les plus fréquentes
Constats issus de notre pratique d'élaboration et de reprise d'études, et non de dispositions réglementaires.
- Calculer sur le résultat comptable au lieu des flux de trésorerie. Les dotations aux amortissements ne sortent pas de la caisse ; les variations du besoin en fonds de roulement, si. Confondre les deux fausse les quatre indicateurs à la fois.
- Ne pas justifier le taux d'actualisation. Un taux non expliqué rend la VAN invérifiable. Il doit être relié au coût réel des ressources mobilisées dans le plan de financement.
- Oublier le besoin en fonds de roulement dans l'investissement initial. C'est l'omission la plus coûteuse : elle sous-estime la mise de départ et embellit mécaniquement le délai de récupération.
- Ignorer la valeur résiduelle en fin d'horizon. Sur un horizon de cinq ans, des équipements conservent une valeur. L'omettre pénalise le projet ; la surestimer le rend suspect.
- Présenter un seuil de rentabilité incompatible avec la capacité de production. Si le seuil suppose un taux d'utilisation supérieur à celui annoncé dans l'étude technique, l'incohérence est visible sans aucun calcul.
- Ne pas tester la sensibilité. Un seul jeu d'hypothèses ne dit rien de la solidité du projet. Faire varier le prix de vente, le coût des intrants et la date de démarrage révèle immédiatement où le montage casse.
Cet article présente une méthode de calcul et un exemple à valeurs illustratives ; il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d'engager un projet, ni une garantie de résultat. Toute décision doit reposer sur les données réelles de l'entreprise et sur les conditions de financement effectivement obtenues.
FAQ — Questions fréquentes
🔎 Sources et références
- Décret exécutif n° 26-154 du 14 avril 2026 modifiant et complétant le décret exécutif n° 23-487 du 28 décembre 2023 — annexe V, plan-type de l'étude technico-économique, partie VI « Prévisions économiques et financières » — Journal officiel de la République algérienne n° 31 du 28 avril 2026 · Vérifié le 01/08/2026
- Loi n° 22-18 du 24 juillet 2022 relative à l'investissement — Journal officiel de la République algérienne · Vérifié le 01/08/2026
