Transférer ses dividendes hors d'Algérie : ce qui se décide trois ans avant la demande

📌 En résumé : La garantie de transfert n'est pas une formalité bancaire de fin d'exercice. C'est un statut juridique que l'investissement acquiert à sa constitution, ou n'acquiert jamais. L'article 8 de la loi n° 22-18 du 24 juillet 2022 le subordonne à quatre conditions cumulatives portant sur la manière dont le capital est entré dans le pays, et le décret exécutif n° 22-300 y ajoute un seuil minimum de financement extérieur de 25 % du coût global. En deçà du seuil, l'investissement conserve tous ses avantages fiscaux — il perd seulement le droit de faire sortir l'argent. Cet article expose les quatre conditions, le contenu du dossier de transfert, les délais, la fiscalité réellement prélevée et les points sur lesquels nous voyons les dossiers échouer.

Mots-clés de cet article

garantie de transfert seuil de 25 % transfert des dividendes loi 22-18, art. 8 règlement 05-03 Banque d'Algérie retenue de 15 % devise librement convertible rapport du commissaire aux comptes article 724 revente en l'état quitus fiscal

1. Pourquoi le droit de transférer se décide-t-il à la constitution ?

La plupart des investisseurs étrangers découvrent la réglementation du transfert l'année où ils veulent distribuer leur premier dividende. À cette date, les faits déterminants ont trois ans et ne sont plus modifiables.

L'article 8, alinéa 1er, de la loi n° 22-18 du 24 juillet 2022 relative à l'investissement réserve la garantie de transfert du capital investi et des revenus qui en découlent aux investissements réalisés à partir d'apports en capital réunissant quatre conditions cumulatives.

ConditionCe qu'elle signifie concrètement
Apport en numéraire importé par le canal bancaireDes fonds apportés autrement, compensés avec une créance ou financés localement ne remplissent pas la condition. L'argent doit entrer par virement et laisser une trace.
Libellé dans une monnaie librement convertibleLa devise doit être régulièrement cotée par la Banque d'Algérie.
Cédé à la Banque d'AlgérieLa condition la plus souvent oubliée. La devise est cédée ; ce qui entre au capital, c'est la contre-valeur en dinars.
Montant égal ou supérieur aux seuils minimaDéterminés en fonction du coût global du projet — voir la section suivante.

La garantie va plus loin que les dividendes. L'alinéa 4 de l'article 8 l'étend aux produits réels nets de la cession et de la liquidation de l'investissement, même si leur montant est supérieur au capital initialement investi. Votre sortie relève du même statut que vos dividendes — et se perd avec lui.

Deux précisions utiles. Les réinvestissements en capital de bénéfices et dividendes déjà déclarés transférables sont admis comme apports extérieurs (art. 8, al. 2). Et les apports en nature d'origine externe, évalués selon les règles de constitution des sociétés, ouvrent le même droit (art. 8, al. 3).

2. Quel est le seuil de 25 % et que se passe-t-il en dessous ?

L'article 8 renvoie à des seuils minima fixés par voie réglementaire. Le décret exécutif n° 22-300 du 8 septembre 2022 fixe ce seuil à 25 % du coût total de l'investissement, calculé sur la part de financement d'origine étrangère revenant aux investisseurs.

La conséquence d'un manquement est précise, et elle n'est pas celle que l'on attend.

Passer sous le seuil ne coûte pas les avantages. Cela coûte la sortie. L'investissement conserve les avantages fiscaux, douaniers et fonciers auxquels il a droit. Ce qu'il perd, c'est la garantie de transfert de l'article 8, c'est-à-dire le droit de faire sortir le capital et ses revenus.

Lisez cette phrase du point de vue de celui qui construit un plan de financement. Un projet financé à 80 % par de la dette bancaire locale et à 20 % par un apport en capital importé peut être parfaitement rentable, parfaitement conforme et éligible à cinq ans d'exonération d'IBS — pendant que l'associé n'a aucun droit garanti de rapatrier un seul dinar du bénéfice ainsi produit.

Le seuil étant un ratio, il dépend autant du dénominateur que du numérateur. Toute augmentation du coût global financée localement dilue la part étrangère. Une structure conforme à la constitution peut cesser de l'être après une extension financée par emprunt.

3. Quelles activités perdent la garantie quoi qu'il arrive ?

Deux catégories d'activités sortent du mécanisme, et toutes deux se décident dans une clause rédigée chez le notaire pendant les premières semaines de vie de la société.

L'importation pour revente en l'état. L'instruction n° 01-09 du 15 février 2009 dispose en son article 6 que les activités d'importation de produits et de revente directe sur le marché algérien ne sont pas éligibles aux dispositions du règlement n° 05-03, sauf en cas d'efforts significatifs d'investissements. Cette notion n'a jamais été définie. Son appréciation relève de la Direction générale des changes de la Banque d'Algérie.

Les activités stratégiques. Depuis la loi de finances complémentaire pour 2020, la règle 49/51 n'est plus une règle générale. Elle subsiste pour les activités listées par le décret exécutif n° 21-145 du 17 avril 2021 — mines et carrières, énergie en amont et réseaux de transport d'hydrocarbures, industries militaires, chemins de fer, ports et aéroports, industrie pharmaceutique sous réserve d'exceptions — ainsi que pour les opérations d'importation destinées à la revente en l'état.

Ce que nous observons dans la pratique. L'objet social se rédige vite, la semaine où le notaire réclame les statuts, souvent à partir d'un modèle. C'est pourtant la clause qui détermine, pour toute la vie de la société, si la détention à 100 % est ouverte et si les bénéfices seront un jour transférables. Lorsqu'une activité est voisine d'une catégorie restreinte, la voie prudente consiste à cantonner l'objet à la prestation réellement exercée — conseil, assistance, représentation — et à ne jamais l'étendre à la production ni à l'importation pour revente.

4. Que contient réellement le dossier de transfert ?

Les transferts sont instruits et exécutés par les banques et établissements financiers intermédiaires agréés (règlement n° 05-03 du 6 juin 2005, article 3), qui conservent le dossier cinq ans (article 5). La composition du dossier découle de l'instruction n° 03-2000 du 25 avril 2000 ; la liste publiée par l'AAPI est plus détaillée et plus récente.

PiècePoint de rupture
Demande de transfert et ordre de transfert
Extrait du registre de commerce ; statuts et leurs mises à jourMises à jour fréquemment absentes après une augmentation de capital
Attestation bancaire justifiant l'apport des associés étrangers, appuyée des justificatifs de rapatriement et de cession à la Banque d'AlgérieLa pièce décisive. Établie des années plus tôt.
Procès-verbal de l'assemblée générale ordinaire ayant affecté le résultat, en la forme authentique, faisant apparaître les montants et les modalités de paiementActe authentique, déposé et publié
Feuille de présence de l'assemblée ; dépôt légal et publication au bulletin officiel des annonces légalesRéférence de publication exigée
Bilan et compte de résultat de l'exercice concerné, accompagnés du rapport du commissaire aux comptes certifiant la sincérité et la régularité des comptesVoir la section suivante
État certifié par le commissaire aux comptes faisant ressortir le revenu attribué à chaque bénéficiaire, net d'impôts et taxes
Quitus fiscal et extrait de rôlePas de quitus, pas de transfert
Tableaux statistiques B et C, trois exemplaires originaux, tels que définis par l'instruction n° 09-05 de la Banque d'Algérie

Relisez la troisième ligne de ce tableau. La pièce qui décide si votre dividende sortira du pays est une attestation bancaire décrivant un virement effectué avant même que la société n'existe.

5. Une réserve du commissaire aux comptes peut-elle bloquer le transfert ?

C'est le point du mécanisme qui surprend le plus les associés étrangers, et il mérite d'être énoncé sans détour.

Le dossier exige le rapport du commissaire aux comptes certifiant la sincérité et la régularité des comptes. Selon la liste publiée par l'AAPI, ce rapport est attendu sans réserve. Lorsque le commissaire aux comptes a formulé des réserves, une attestation complémentaire de sa part est requise, certifiant que les réserves soulevées ne sont pas bloquantes au regard du transfert des dividendes.

La conséquence pratique. Une réserve d'audit n'est pas seulement une opinion comptable. Dans ce mécanisme, elle devient une condition d'accès à votre propre argent. Une réserve formulée en mars sur un compte non justifié, une créance non provisionnée ou une opération avec une partie liée insuffisamment documentée peut décaler un transfert d'un cycle entier.

Deux conséquences en découlent, et c'est la raison pour laquelle nous y insistons dès le premier exercice d'une société à capitaux étrangers.

1
Les réserves s'anticipent, elles ne se découvrent pas. Les postes qui les provoquent — comptes courants intragroupe, documentation des prix de transfert, créances non provisionnées, comptes non justifiés — sont connus bien avant la clôture. Un associé qui envisage de distribuer devrait savoir dès l'automne ce que dira l'audit.
2
Les conventions avec la société mère doivent tenir sur leurs propres mérites. Redevances de gestion, contrats de prestation et licences entre la société algérienne et sa mère étrangère sont examinés par l'administration fiscale et, à travers les comptes, par le commissaire aux comptes. Une convention qui ne se justifie pas à des conditions de marché est une réserve en préparation — et, en aval, un transfert en attente de refus.

6. Quels sont les délais et que se passe-t-il si on les dépasse ?

Le calendrier est court, et ce n'est pas celui de la banque. C'est celui du droit des sociétés.

ÉtapeDélaiFondement
Approbation des comptes par l'assemblée des associés (SARL et EURL)Dans les six mois de la clôtureArticle 584 du code de commerce
Mise en paiement du dividendeDans les neuf mois de la clôtureArticle 724 du code de commerce
Instruction du dossier de transfertDeux mois à compter du dépôtRèglement n° 2000-03, art. 4
Au-delà de neuf moisDécision de justice accordant une prorogationArticle 724

Pour une société dont l'exercice est clos au 31 décembre, la règle des neuf mois de l'article 724 place l'échéance de mise en paiement à la fin septembre. Cette date est une conséquence de la règle, non un délai réglementaire autonome — mais c'est elle qui gouverne l'année en pratique, et les formalités de transfert doivent être achevées avant, non entamées à ce moment-là.

Le dépassement n'éteint pas le dividende. Il fait basculer le dossier d'une procédure bancaire vers une procédure judiciaire : une prorogation doit être obtenue par décision de justice, ce qui ajoute du délai et du coût à l'opération déjà la plus lente de l'exercice.

7. Quelle part du dividende sort réellement du pays ?

Les dividendes versés à un non-résident supportent une retenue à la source de 15 %, opérée lors du paiement. Cette retenue est libératoire. Les bénéfices transférés par une société étrangère au moyen d'une succursale ou de toute autre installation professionnelle en Algérie sont réputés revenus distribués et supportent le même taux.

En amont, le bénéfice a déjà supporté l'impôt sur les bénéfices des sociétés. Le taux dépend de l'activité, et une société exerçant plusieurs activités sans comptabilité séparée s'expose au plus élevé d'entre eux.

ActivitéTaux d'IBS
Production de biens19 %
Bâtiment, travaux publics, hydraulique, tourisme23 %
Toutes autres activités, dont les services26 %

Ne présumez pas que votre convention fiscale vous aide. Beaucoup d'investisseurs budgètent un taux réduit au motif qu'une convention de non-double imposition lie l'Algérie à leur pays. Les conventions diffèrent. Certaines plafonnent le taux de l'État de la source à 5 % pour les participations qualifiées au-delà d'un certain seuil de détention. D'autres le plafonnent à 15 % sans taux réduit pour les participations importantes — soit exactement le taux de droit interne, de sorte que la convention ne procure aucun avantage. La seule réponse fiable consiste à lire l'article « dividendes » de sa propre convention avant d'inscrire un chiffre dans un modèle. Le bénéfice conventionnel suppose en outre un certificat de résidence fiscale et la justification de la qualité de bénéficiaire effectif.

Un dernier point de rédaction, qui ne coûte rien à bien faire et beaucoup à mal faire : la manière dont une prestation fournie par la société mère est nommée au contrat peut la faire changer d'article conventionnel, et donc passer d'une absence d'imposition à une retenue. Qualifier de « assistance technique » ou de « savoir-faire » ce qui n'est qu'un conseil n'est pas un choix cosmétique.

8. Qu'est-ce qui échoue en pratique ?

Les points qui suivent sont des constats issus de missions d'accompagnement d'investisseurs étrangers, et non des exigences réglementaires. Ce sont ceux sur lesquels des dossiers par ailleurs complets perdent du temps.

1
Le compte qui reçoit le capital s'ouvre avant l'existence légale de la société. Il est ouvert au nom d'une société en formation, sur la base du certificat de dénomination, afin que le capital étranger puisse arriver en devise convertible. Les dirigeants européens attendent couramment la séquence inverse et y perdent des semaines.
2
La rédaction de l'attestation de dépôt est déterminante. Elle doit qualifier les fonds d'apport en capital social au titre d'un investissement étranger, en devise librement convertible. Une attestation vague aujourd'hui est une attestation faible dans cinq ans, quand elle sera le seul support du dossier de transfert.
3
Le libellé du virement compte. Un motif générique affaiblit la preuve d'origine. Les frais doivent être supportés par le donneur d'ordre, afin que le montant crédité corresponde au capital souscrit et non à ce capital diminué des commissions du correspondant.
4
Beaucoup de banques exigent la présence physique du gérant à l'ouverture du compte. Une procuration établie pour les formalités de constitution est fréquemment jugée insuffisante. Pour un dirigeant non résident, c'est une contrainte de déplacement à planifier, pas un détail administratif.
5
L'apostille ou la légalisation consulaire des documents constitutifs de la société mère est une source récurrente de retard, et les exigences ne sont pas uniformes d'un notaire ou d'une agence bancaire à l'autre. Il vaut mieux savoir ce qui sera accepté avant de faire établir les pièces à l'étranger.
6
Le gérant doit être une personne physique. Une société ne peut pas être désignée gérante. Lorsque l'associé étranger est lui-même une société à responsabilité limitée, le choix de la forme sociale est en outre contraint par la règle selon laquelle une société à responsabilité limitée ne peut être l'associé unique d'une entreprise unipersonnelle — point à trancher avec le notaire avant la rédaction des statuts, non après.
7
De petits défauts de forme font rejeter des dossiers complets. Formulaires bancaires réclamant les noms du père et de la mère, que les passeports européens ne portent pas ; mention manuscrite d'approbation devant précéder la signature. Ce ne sont pas des détails : ce sont les motifs de renvoi les plus fréquents.

Sur les délais, notre observation est de quatre à sept semaines pour le noyau administratif lorsque le dossier est complet, et de deux à trois mois en pratique — davantage lorsque l'associé est une personne morale étrangère, en raison de la légalisation des documents et du compte en devises.

La seule consigne à suivre dès le premier jour. Conservez toutes les pièces bancaires de l'entrée du capital, dès le premier virement : le message SWIFT, l'attestation de dépôt, l'avis de cession. C'est le seul support juridique que la Banque d'Algérie réclamera, et elle le réclamera des années après le départ de celui qui avait organisé le virement.

Cet article expose le cadre réglementaire applicable et ne constitue ni un conseil juridique, ni un conseil fiscal, ni une garantie d'autorisation d'un transfert. Les taux et seuils sont ceux applicables à la date de vérification indiquée ci-dessous et sont modifiés par les lois de finances successives. Chaque situation doit être examinée au regard de la position réelle de la société, de la rédaction de ses statuts et de la pratique de la banque concernée.

FAQ — Questions fréquentes

Un investisseur étranger peut-il détenir 100 % d'une société algérienne ? +
Dans les secteurs non stratégiques, oui. La règle 49/51 a cessé d'être une règle générale avec la loi de finances complémentaire pour 2020 et ne s'applique plus qu'aux activités listées par le décret exécutif n° 21-145 du 17 avril 2021 ainsi qu'à l'importation pour revente en l'état. Le choix de la forme sociale est une question distincte : lorsque l'associé étranger est lui-même une société à responsabilité limitée, la structure unipersonnelle peut ne pas être ouverte, point à trancher avec le notaire.
Quel est le seuil minimum de financement extérieur pour la garantie de transfert ? +
25 % du coût total de l'investissement, calculé sur la part de financement d'origine étrangère revenant aux investisseurs. Ce seuil est fixé par le décret exécutif n° 22-300 du 8 septembre 2022, pris pour l'application de l'article 8 de la loi n° 22-18.
Que se passe-t-il si l'investissement est en dessous du seuil de 25 % ? +
L'investissement conserve les avantages auxquels il a droit. Ce qu'il perd, c'est la garantie de transfert prévue par l'article 8 de la loi n° 22-18, c'est-à-dire le droit de transférer à l'étranger le capital investi et les revenus qui en découlent.
Dans quel délai un dividende doit-il être mis en paiement ? +
L'article 724 du code de commerce algérien impose la mise en paiement dans les neuf mois de la clôture de l'exercice. Pour un exercice clos au 31 décembre, l'échéance tombe fin septembre. Au-delà, une prorogation doit être obtenue par décision de justice.
Quelle retenue à la source s'applique aux dividendes transférés à un associé étranger ? +
Une retenue à la source de 15 %, opérée lors du paiement et libératoire. Qu'une convention de non-double imposition la réduise dépend entièrement de la convention : certaines prévoient un taux réduit pour les participations qualifiées, d'autres plafonnent le taux de l'État de la source au même niveau de 15 % que le droit interne et ne procurent donc aucun avantage.
Une réserve du commissaire aux comptes peut-elle empêcher un transfert de dividendes ? +
Le dossier de transfert exige le rapport du commissaire aux comptes certifiant la sincérité et la régularité des comptes, et ce rapport est attendu sans réserve. Lorsque des réserves existent, une attestation complémentaire du commissaire aux comptes indiquant qu'elles ne sont pas bloquantes pour le transfert est requise. Les réserves doivent donc être anticipées bien avant la clôture.
La garantie couvre-t-elle la vente de la société, ou seulement les dividendes ? +
Elle couvre les deux. L'article 8 de la loi n° 22-18 étend la garantie aux produits réels nets de la cession et de la liquidation des investissements d'origine étrangère, même lorsque leur montant est supérieur au capital initialement investi.

🔎 Sources et références

📚 Articles liés sur ProfitPilot

BENSAID Farouk ProfitPilot

BENSAID Farouk

Chargé d'Études Financières & Économiques — ProfitPilot NextGen Consulting

Expert certifié auto-entrepreneur, spécialisé en études financières, analyse des risques et études de marché pour PME, startups et investisseurs en Algérie. Voir le profil complet →