Le capital vient de l'étranger : qui est le bénéficiaire effectif à déclarer ?

En résumé : Le seuil de 20 % n'est pas une réponse, c'est une porte d'entrée. Depuis le décret exécutif n° 26-163 du 20 avril 2026, toute personne morale de droit algérien déclare au registre du commerce la personne physique qui, en dernier ressort, la détient ou la contrôle. Trois critères s'appliquent dans un ordre imposé, et lorsque le capital appartient à une autre société — algérienne ou étrangère — il faut remonter la chaîne jusqu'à un être humain. Le formulaire de 2023, celui qui commençait par « le bénéficiaire figure-t-il parmi les personnes mentionnées dans la demande d'immatriculation ? », n'existe plus.

Mots-clés de cet article

bénéficiaire effectif décret 26-163 seuil de 20 % sociétés interposées contrôle effectif représentant légal registre ad hoc confirmation annuelle CNRC

1. Qu'est-ce qui a changé le 4 mai 2026 ?

Le décret exécutif n° 26-163 du 20 avril 2026, publié au Journal officiel n° 32 du 4 mai 2026, refond le registre public des bénéficiaires effectifs. Son article 29 abroge le décret exécutif n° 23-429 du 29 novembre 2023 : le formulaire annexé à ce dernier n'est plus le modèle en vigueur, et les cinq nouveaux modèles annexés au texte de 2026 ne sont pas une simple mise en page — leurs rubriques diffèrent réellement.

PointDécret 23-429 (abrogé)Décret 26-163 (en vigueur)
ChampPersonnes morales de droit algérienPersonnes morales et constructions juridiques
Modèles de formulaire1 modèle unique5 modèles : sociétés commerciales, sociétés civiles, associations et organisations à but non lucratif, wakfs, constructions juridiques
StructureQuestion oui/non, puis deux parcoursCases direct / indirect, puis les trois critères
Identité du déclarantMention sommaireNIN, pièce d'identité ou passeport avec lieux et dates de délivrance et d'expiration, téléphone, courriel, qualité
DélaiAu cours du mois suivant30 jours (art. 12)
Obligation périodiqueAucuneConfirmation annuelle avant le 31 décembre (art. 12)

Le champ, lui, s'est élargi : le texte vise les personnes morales de droit algérien et les constructions juridiques. En sont écartées les personnes morales dont l'État détient la totalité ou la majorité du capital social, ainsi que les personnes morales de droit public (article 4). Une SARL détenue à 100 % depuis l'étranger, elle, est pleinement concernée — c'est même la situation type que le dispositif vise.

Pour produire le document lui-même, notre générateur de formulaire bénéficiaire effectif reproduit les cinq modèles de 2026, en arabe ou en français, et s'imprime depuis le navigateur. Il ne répond pas à la question de cet article : qui inscrire dessus.

2. Comment identifier le bénéficiaire effectif ?

L'article 15 pose une cascade, pas une liste au choix. On applique le premier critère ; s'il ne désigne personne avec certitude, on passe au deuxième ; à défaut seulement, au troisième.

OrdreCritèreSeuil ou test
1Participation majoritaire effective, directe ou indirecte≥ 20 % du capital ou des droits de vote
2Pouvoir ou contrôle effectif ou légal sur la direction, l'administration, la gestion ou l'assemblée généraleAucun seuil : détermination du contenu des décisions, pouvoir de nommer ou de révoquer la majorité des dirigeants
3Qualité de représentant légalFilet de sécurité, si 1 et 2 n'aboutissent pas

Deux précisions du texte pèsent lourd et sont pourtant celles qu'on oublie. La première ferme la porte à l'argument « personne n'atteint 20 %, donc personne à déclarer » : l'article 15 impose d'identifier les personnes physiques qui exercent un contrôle ultime qu'elles détiennent ou non une participation supérieure au seuil. Une déclaration vide n'existe pas dans ce dispositif.

La seconde est l'article 16 : lorsque le détenteur du capital ou du contrôle est lui-même une personne morale, c'est son bénéficiaire effectif qu'il faut identifier et retenir. C'est tout l'objet du mécanisme, et c'est là que la plupart des dossiers se compliquent.

3. Que déclare-t-on quand une société étrangère détient le capital ?

On ne déclare pas la société étrangère. On remonte à travers elle jusqu'à la personne physique qui la contrôle, et c'est cette personne qui est inscrite au registre algérien.

Prenons une SARL algérienne au capital de 3.000.000 DA divisé en 3.000 parts — valeurs illustratives, choisies pour la clarté du raisonnement. Un associé personne physique détient 30 parts, soit 1 %. Une société étrangère détient les 2.970 parts restantes, soit 99 %. Le raisonnement se déroule ainsi :

1
Critère 1, en direct. L'associé personne physique détient 1 % : sous le seuil de 20 %, il ne se qualifie pas de ce seul fait.
2
Article 16, remontée. Les 99 % appartiennent à une personne morale : on cherche le bénéficiaire effectif de cette société-là. Si une seule personne physique la détient entièrement, ces 99 % lui sont attribués indirectement.
3
Cumul. Si c'est la même personne qui détenait déjà 1 % en nom propre, elle totalise 100 % du capital et 100 % des droits de vote. Le critère 1 est rempli, largement.
4
Preuve. Le formulaire demande les « documents présentés », et l'article 8 impose de joindre les documents supplémentaires nécessaires à l'établissement de la chaîne lorsque la structure est complexe ou implique plusieurs pays : registre des bénéficiaires effectifs du pays d'origine, extrait du registre du commerce étranger, apostille ou légalisation, traduction officielle.

Le point à retenir : la nationalité des associés n'a aucune incidence sur l'obligation. Le critère est la loi dont relève la personne morale déclarante. Une société de droit algérien détenue depuis Bruxelles, Dubaï ou Istanbul déclare exactement comme une société détenue depuis Alger — simplement, sa chaîne compte un maillon de plus, et ce maillon se prouve avec des pièces étrangères.

4. Quelles sont les erreurs les plus fréquentes ?

Ce qui suit relève de notre pratique de terrain, non d'un texte réglementaire : ce sont les confusions que nous rencontrons le plus souvent dans les dossiers qu'on nous soumet.

1
Confondre gérant et bénéficiaire effectif. Le gérant n'est le bénéficiaire effectif que par le troisième critère, c'est-à-dire à défaut des deux autres. Quand un associé détient 60 %, c'est lui qu'on déclare, gérant ou pas.
2
Déclarer la société mère. Le bénéficiaire effectif est toujours une personne physique. Inscrire une raison sociale dans la case revient à ne rien déclarer.
3
Oublier les droits de vote. Le critère 1 vise le capital ou les droits de vote. Un associé minoritaire en capital mais majoritaire en voix par l'effet d'un pacte ou d'une clause statutaire passe le seuil.
4
N'en déclarer qu'un quand il y en a plusieurs. L'article 10 exige un formulaire distinct pour chaque bénéficiaire effectif. Deux associés à 50 % font deux formulaires, pas un.
5
Croire l'affaire close après le dépôt. C'est la confusion la plus coûteuse depuis 2026, et elle fait l'objet de la section suivante.

Une chaîne de détention qui traverse une frontière ?

Qualification du bénéficiaire effectif critère par critère, reconstitution de la chaîne jusqu'à la personne physique, liste des pièces étrangères à apostiller ou à légaliser, dépôt au CNRC et registre interne : nous cadrons la déclaration avec vous.

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5. Quels sont les délais et que faut-il conserver ?

Le décret installe deux échéances récurrentes là où l'ancien texte n'en connaissait qu'une, et une obligation de tenue interne qui vit indépendamment de la déclaration déposée.

ÉvénementDélaiBase
Constitution, immatriculation, enregistrement ou agrément30 joursArt. 12 a)
Début d'activité en Algérie d'une construction juridique30 joursArt. 12 a)
Modification des informations déclarées30 joursArt. 12 b)
Confirmation annuelle de l'exactitude des informationsAvant le 31 décembre, chaque annéeArt. 12
Rectification demandée par le préposé au registre15 jours maximumArt. 13
Information du CNRC par un assujetti ayant constaté une modification15 joursArt. 9
Signalement d'une violation ou d'une déclaration incomplète72 heuresArt. 24
Conservation du registre interne et des informations5 ansArt. 17 et 19

La confirmation annuelle est le piège de calendrier du nouveau texte : une société parfaitement en règle au mois de mars bascule en défaut le 1er janvier si personne n'a confirmé avant le 31 décembre. Aucune modification de capital n'est nécessaire pour cela — il suffit que l'année passe.

L'article 17 impose par ailleurs à la personne morale de tenir un registre ad hoc interne, contenant les informations de base et celles relatives au bénéficiaire effectif, exactes, suffisantes et à jour. Ce registre est opposable indépendamment de ce qui a été déposé au CNRC : il faut donc que les deux disent la même chose, et qu'il survive cinq ans.

6. Où et comment se dépose la déclaration ?

La déclaration se dépose auprès des services du centre national du registre du commerce dans le ressort duquel se trouve le siège de la personne morale (article 8). Elle est présentée par les représentants habilités ou par les personnes mandatées à cet effet, et elle est présentée par voie électronique selon les modèles annexés au décret (article 10). Le communiqué du ministère du commerce intérieur sur le sujet indique les deux canaux ouverts : les 65 antennes locales du CNRC, et la plateforme électronique du centre.

Le préposé au registre n'enregistre pas passivement : il vérifie par tous les moyens de droit disponibles l'exactitude des informations déclarées, peut réclamer tout document complémentaire, et peut exiger la rectification de la déclaration dans un délai maximal de quinze jours (article 13).

Côté sanctions, l'article 25 du décret renvoie aux peines prévues par la législation en vigueur ; le communiqué du ministère vise expressément l'article 32 bis 01 de la loi n° 05-01 du 6 février 2005 relative à la prévention et à la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme, modifiée et complétée. S'y ajoute un mécanisme plus rapide que toute procédure pénale : les autorités habilitées à consulter le registre doivent signaler au CNRC toute violation ou déclaration incomplète dans les 72 heures de son constat (article 24).

FAQ — Questions fréquentes

Sources et références

  • Décret exécutif n° 26-163 du 2 Dhou El Kaâda 1447 correspondant au 20 avril 2026 relatif au registre public des bénéficiaires effectifs des personnes morales et des constructions juridiques — JO n° 32 du 04/05/2026, texte et cinq annexes lus intégralement (articles 4, 8, 9, 10, 12, 13, 15, 16, 17, 19, 24, 25, 29) — Journal officiel de la République algérienne (JORADP) · Vérifié le 30/08/2026
  • Décret exécutif n° 23-429 du 29 novembre 2023 relatif au registre public des bénéficiaires effectifs des personnes morales de droit algérien — JO n° 76 du 30/11/2023, texte et annexe lus ; abrogé par l'article 29 du décret 26-163 — Journal officiel de la République algérienne (JORADP) · Vérifié le 30/08/2026
  • Communiqué sur la déclaration du bénéficiaire effectif : entités concernées, registre spécial constamment mis à jour, conservation cinq ans, dépôt dans les 65 antennes locales du CNRC ou par la plateforme électronique, renvoi aux sanctions de l'article 32 bis 01 de la loi n° 05-01 du 6 février 2005 — Ministère du commerce intérieur et de la régulation du marché national · Vérifié le 30/08/2026
BENSAID Farouk ProfitPilot

BENSAID Farouk

Chargé d'Études Financières & Économiques — ProfitPilot NextGen Consulting

Expert certifié auto-entrepreneur, spécialisé en études financières, analyse des risques et études de marché pour PME, startups et investisseurs en Algérie. Voir le profil complet