Ce que cet outil calcule, et que les simulateurs bancaires ignorent
Six banques algériennes proposent un simulateur public : BNA, BEA, BDL, BADR, CNEP, Société Générale. L'architecture est la même partout, un revenu, un âge, un prix, puis une mensualité en sortie. Ils s'adressent au salarié. Pour un porteur de projet, ils sont muets sur l'essentiel.
Un crédit d'investissement ne se décrit pas par sa mensualité. Il se décrit par quatre grandeurs. La charge pendant le différé. Le capital à amortir une fois la franchise passée. Le coût total tous frais compris. Et le taux effectif global, seul à permettre la comparaison de deux offres. Cet outil rend les quatre.
Le différé : la variable qui décide de la survie du projet
Une usine ne facture rien pendant qu'on la construit. Le différé, ou franchise, couvre ce trou. Encore faut-il savoir ce qu'il coûte, et là, deux mécaniques radicalement différentes portent le même nom.
En différé partiel, l'entreprise paie les intérêts chaque échéance ; le capital reste intact. La trésorerie est sollicitée dès le premier mois, mais la dette ne grossit pas.
En différé total, rien n'est versé : les intérêts courent, se capitalisent et viennent s'ajouter au capital. Ce sont les intérêts intercalaires. Sur 40 millions de dinars à 6,34 % avec deux ans de franchise totale, ils dépassent 5,3 millions de dinars. Le capital à amortir passe de 40 à plus de 45 millions. Aucun simulateur bancaire ne montre ce chiffre. Celui-ci l'isole sur une ligne.
Les frais que personne n'affiche
Entre le taux annoncé au guichet et le taux réellement supporté, il y a les frais de dossier, la commission d'engagement, l'assurance sur capital restant dû, la commission de garantie du FGAR ou de la CGCI-PME, et la TVA de 19 % qui s'applique aux commissions bancaires.
Chacune de ces lignes est modifiable dans le formulaire, parce qu'aucune n'est standardisée : elles se négocient. Leur effet se lit sur le TEG. Il est calculé ici par actualisation des flux réels, non par une addition de pourcentages. D'un côté le capital reçu net des frais, de l'autre les échéances et les accessoires.
Le plafond réglementaire du semestre
La Banque d'Algérie publie chaque semestre les taux d'intérêt excessifs : au-delà, un crédit est réputé usuraire. Ces plafonds sont la seule référence de taux officielle et publique en Algérie, et c'est sur eux que cet outil s'appuie plutôt que d'inventer un barème par banque.
Le simulateur déduit la catégorie applicable de la durée totale du financement. Court terme jusqu'à 2 ans, moyen terme jusqu'à 7 ans, long terme au-delà. Il signale tout taux saisi au-dessus du seuil, sans l'interdire : tester une hypothèse défavorable fait partie du travail.
Ce que la banque regarde une fois la simulation faite
Le comité de crédit ne juge pas une mensualité. Il juge la capacité du projet à la produire. Le premier chiffre qu'un analyste calcule est le ratio de couverture du service de la dette, soit la capacité d'autofinancement annuelle divisée par le service annuel de la dette ; en dessous de 1,2, le dossier repart avec une demande d'allongement, d'apport supplémentaire ou de garanties additionnelles.
Viennent ensuite la cohérence de l'étude technico-économique, la crédibilité des hypothèses de chiffre d'affaires, la situation fiscale et parafiscale, et la structure des garanties. La simulation est le point de départ du dossier, jamais son aboutissement.
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Votre simulation tient. Votre dossier tiendra-t-il ?
Une simulation favorable ne fait pas un dossier bancaire. Le comité de crédit juge l'étude technico-économique, la cohérence des projections et la solidité des garanties. C'est le travail du cabinet.