Financement islamique en Algérie : ce que la réglementation encadre vraiment, et ce qui a changé en 2025

En résumé : La finance islamique algérienne repose sur un cadre réglementaire précis, et non sur des usages. Le règlement n° 20-02 du 15 mars 2020 définit les opérations de banque qui en relèvent et les conditions de leur exercice ; il a succédé au règlement n° 2018-02 du 4 novembre 2018 sur la finance participative. L'année 2025 a été décisive : trois règlements sont venus doter le secteur de son infrastructure — règles de comptabilisation et d'évaluation (25-09), plan de comptes dédié (25-10) et marché monétaire interbancaire islamique (25-13). Pour une entreprise, cela signifie une offre plus lisible, mieux outillée et appelée à se développer.

Mots-clés de cet article

financement islamique Algérie règlement 20-02 mourabaha ijara moucharaka moudaraba salam et istisna'a comptes d'investissement plan de comptes 25-10 marché interbancaire islamique 25-13 Banque d'Algérie finance participative 2018-02

1. 1. Où en est réellement la finance islamique en Algérie ?

La question se pose souvent en termes de conformité religieuse. Du point de vue d'un chef d'entreprise qui cherche à financer un investissement, elle se pose autrement : ce cadre est-il stable, et les banques ont-elles les moyens de l'appliquer ? La réponse tient dans la chronologie réglementaire publiée par la Banque d'Algérie.

TexteDateObjetPublication
Règlement n° 2018-024 novembre 2018Conditions d'exercice des opérations relevant de la finance participativeJO n° 73 du 9 décembre 2018
Règlement n° 20-0215 mars 2020Définition des opérations de banque relevant de la finance islamique et conditions de leur exerciceJO n° 16 du 24 mars 2020
Règlement n° 25-0924 juillet 2025Règles de comptabilisation et d'évaluation de ces opérationsJO n° 65 du 30 septembre 2025
Règlement n° 25-1024 juillet 2025Plan de comptes applicable aux banques exerçant ces opérationsJO n° 66 du 7 octobre 2025
Règlement n° 25-1324 septembre 2025Marché monétaire interbancaire relevant de la finance islamiqueJO n° 68 du 14 octobre 2025

Trois enseignements se dégagent de ce tableau. D'abord, le vocabulaire officiel a changé : le texte de 2018 parlait de finance participative, celui de 2020 parle de finance islamique. Ensuite, le texte fondateur en vigueur est bien le règlement n° 20-02 du 15 mars 2020, publié au Journal officiel n° 16 du 24 mars 2020 — dans le même numéro que trois autres règlements majeurs adoptés le même jour (conditions de banque, garantie des dépôts, marché interbancaire des changes).

Le fait marquant que personne ne commente. Entre juillet et septembre 2025, la Banque d'Algérie a publié trois règlements en quatre mois consacrés à la finance islamique. Ce n'est pas un ajustement technique : c'est la construction de l'infrastructure qui manquait — une comptabilité propre, un plan de comptes propre, et un marché interbancaire propre. Un compartiment bancaire ne se développe pas durablement sans ces trois éléments.

2. 2. Quels produits la réglementation reconnaît-elle, et à quoi servent-ils ?

Le règlement n° 20-02 définit les opérations de banque relevant de la finance islamique et fixe les conditions de leur exercice par les banques et les établissements financiers. Les familles d'opérations qu'il couvre sont celles que l'on retrouve dans les offres commerciales des banques algériennes : mourabaha, ijara, moucharaka, moudaraba, salam et istisna'a, auxquelles s'ajoutent les comptes de dépôts et les dépôts en comptes d'investissement.

Le tableau ci-dessous en donne la lecture financière — celle qui compte au moment d'arbitrer. Les usages décrits relèvent de la pratique observée dans nos missions et non du texte réglementaire lui-même.

OpérationLogique économiqueUsage le plus fréquent en entreprise
MourabahaAchat par la banque, revente au client avec marge connue d'avanceMatières premières, marchandises, équipements standards
IjaraMise à disposition d'un bien contre loyers, avec ou sans transfert finalÉquipements lourds, matériel roulant, locaux
MoucharakaApport en capital, partage des résultats et des pertesProjets à fort besoin en fonds propres
MoudarabaFinancement par l'un, gestion par l'autre, partage du résultatOpérations ponctuelles à gestion déléguée
SalamPaiement immédiat contre livraison différéeCycles de production à décaissement anticipé
Istisna'aFinancement d'un bien à fabriquer ou à construireOuvrages, constructions, fabrications sur commande

La confusion la plus fréquente. « Banque islamique » et « guichet de finance islamique » ne désignent pas la même chose. Le règlement n° 20-02 encadre les opérations, et permet à des banques universelles d'en proposer aux côtés de leurs produits classiques. Se voir répondre « nous faisons de la mourabaha » par une banque publique n'a donc rien d'anormal. Ce qui compte, pour l'entreprise, est de savoir quels produits l'agence est réellement outillée pour traiter — question à poser directement, d'après nos missions, avant de constituer le moindre dossier.

3. 3. Pourquoi les trois règlements de 2025 changent la donne pour les entreprises

Ces textes s'adressent aux banques, pas aux entreprises. Leurs effets, eux, se voient au guichet.

Comptabilisation et évaluation (règlement n° 25-09)

Une opération de mourabaha ne se comptabilise pas comme un crédit à intérêt : il y a un achat, une détention temporaire, une revente et une marge. Tant que les règles de comptabilisation et d'évaluation ne sont pas normalisées, chaque banque construit sa propre lecture, et le produit reste marginal dans ses états financiers. Le règlement n° 25-09 du 24 juillet 2025 met fin à cette situation.

Plan de comptes dédié (règlement n° 25-10)

Un plan de comptes propre aux opérations de finance islamique permet de suivre, d'auditer et de piloter ce compartiment séparément. D'après nos missions, c'est la condition pratique pour qu'une direction générale accepte de fixer des objectifs commerciaux à ce segment : ce qui ne se mesure pas ne se pilote pas.

Marché monétaire interbancaire islamique (règlement n° 25-13)

C'est le texte le plus important des trois, et le moins commenté. Une banque qui collecte des dépôts islamiques ne peut pas replacer ses excédents sur le marché interbancaire classique sans sortir du cadre. Sans marché dédié, elle est condamnée à conserver des liquidités dormantes — ce qui renchérit ses produits et bride son offre. En créant ce compartiment le 24 septembre 2025, la Banque d'Algérie lève le principal frein structurel du secteur.

Conséquence attendue, à suivre. Selon notre lecture, qui est une anticipation et non un fait établi : l'existence d'un marché interbancaire dédié devrait, avec le temps, élargir les montants et les durées proposés en financement islamique aux entreprises. Nous invitons à vérifier auprès de votre banque l'état réel de son offre plutôt qu'à considérer cette évolution comme acquise.

Financement islamique ou classique : lequel coûte le moins cher pour votre projet ?

Nous chiffrons les deux montages sur le même échéancier, garanties comprises, et vous remettons un comparatif écrit avec le décaissement total de chaque option.

Comparer les deux montages

4. 4. Comment comparer une mourabaha et un crédit classique sans se tromper ?

C'est la question la plus fréquemment posée, et celle où les erreurs de raisonnement coûtent le plus cher. Une marge de mourabaha n'est pas un taux d'intérêt, mais elle a un coût, et ce coût se compare.

Méthode que nous appliquons dans nos missions — il s'agit d'une pratique professionnelle, non d'une norme réglementaire :

1

Ramener tout au décaissement total

Additionnez, pour chaque offre, l'intégralité de ce que vous sortirez de trésorerie : prix ou capital, marge ou intérêts, frais de dossier, assurances, frais d'expertise, droits d'enregistrement. Un seul chiffre, pour chaque offre.

2

Positionner ces décaissements dans le temps

Deux offres au même coût total mais à échéanciers différents ne pèsent pas de la même façon sur la trésorerie. C'est le profil de décaissement, pas le total, qui met une entreprise en difficulté — voir notre article sur la trésorerie et le besoin en fonds de roulement.

3

Comparer les garanties exigées

Le coût affiché n'est qu'une partie du prix. Une offre qui exige une hypothèque n'est pas comparable à une offre couverte par une garantie institutionnelle — sujet traité dans notre article sur les garanties alternatives à l'hypothèque.

4

Vérifier le traitement fiscal et comptable de l'opération

La structure juridique diffère : achat-revente pour une mourabaha, location pour une ijara. Le traitement comptable et fiscal suit cette structure, et il n'est pas neutre sur le résultat. Ce point se tranche avec votre conseil, dossier en main.

La même méthode s'applique lorsqu'il s'agit d'arbitrer entre un financement classique et une location financière : nous l'avons détaillée dans notre comparatif crédit d'investissement ou leasing.

5. 5. Que demande réellement la banque pour un financement islamique ?

Constat de terrain, non une règle réglementaire : le dossier économique exigé pour une mourabaha ou une ijara est, dans nos missions, de même nature que celui d'un crédit classique. L'analyse du risque de contrepartie ne change pas de nature parce que la rémunération de la banque change de forme.

Concrètement, les pièces attendues recouvrent les mêmes ensembles : documents juridiques de l'entreprise, états financiers des derniers exercices, situation des engagements bancaires en cours, étude économique du projet, devis ou facture pro forma du bien à financer, et garanties proposées. La particularité tient au bien lui-même : puisque la banque l'achète ou le détient, sa description, son prix et son fournisseur deviennent des éléments centraux du dossier, et non de simples annexes.

Le point qui fait perdre le plus de temps. D'après nos missions : une facture pro forma incomplète, non datée, ou dont le fournisseur ne peut pas être identifié. Dans une opération d'achat-revente, ce document n'est pas une pièce administrative parmi d'autres — c'est l'objet même du contrat. Le faire vérifier avant dépôt fait gagner des semaines.

Pour la préparation du dossier lui-même, deux articles complètent celui-ci : ce que la réglementation oblige votre banque à calculer sur vous et le diagnostic à faire après un refus.

6. 6. Les quatre erreurs les plus fréquentes

  • Choisir le produit avant d'avoir défini le besoin. Un besoin de trésorerie, un besoin d'équipement et un besoin de fonds propres n'appellent pas la même opération. Le produit se déduit du besoin, jamais l'inverse.
  • Comparer une marge à un taux. Les deux ne se lisent pas de la même manière. Seul le décaissement total, replacé dans le temps, est comparable.
  • Supposer que toutes les agences traitent tous les produits. D'après nos missions, l'offre effectivement disponible varie d'une agence à l'autre. La question se pose en amont.
  • Négliger la documentation du bien financé. Dans une opération d'achat-revente ou de location, le bien est au cœur du contrat. Sa documentation conditionne le déblocage.

Avertissement. Cet article a une vocation informative. Il ne constitue ni un conseil juridique, ni un conseil fiscal, ni un conseil en investissement, ni un avis de conformité religieuse — la conformité à la charia d'un produit relève des organes habilités, pas d'un cabinet d'études financières. Il ne garantit l'obtention d'aucun financement. Les textes cités sont ceux référencés par la Banque d'Algérie à la date de vérification indiquée ci-dessous ; leur contenu article par article doit être consulté dans le Journal officiel avant toute décision engageante.

FAQ — Questions fréquentes

Sources et références

BENSAID Farouk ProfitPilot

BENSAID Farouk

Chargé d'Études Financières & Économiques — ProfitPilot NextGen Consulting

Expert certifié auto-entrepreneur, spécialisé en études financières, analyse des risques et études de marché pour PME, startups et investisseurs en Algérie. Voir le profil complet