100 000 DA nets par mois : le chiffre d'affaires qu'il faut selon votre régime

En résumé : La question revient à chaque premier rendez-vous : combien faut-il facturer pour toucher un revenu donné ? Les contenus étrangers y répondent par un multiplicateur ; ici, il n'en existe pas. En Algérie, la réponse dépend entièrement du régime, et l'écart est large : pour viser 1 200 000 DA nets par an, un prestataire de services doit facturer environ 1 234 000 DA sous le statut d'auto-entrepreneur (0,5 % du chiffre d'affaires, minimum 10 000 DA, plus la cotisation sociale forfaitaire de 24 000 DA), environ 1 364 000 DA à l'impôt forfaitaire unique de droit commun (12 %, avant sa propre cotisation sociale), et dégager environ 1 802 000 DA de bénéfice s'il passe par une société dont les dividendes supportent l'IBS puis une retenue libératoire de 10 %. Trois régimes, trois charges fiscales différentes pour le même train de vie — et une inversion possible dès que l'activité porte des charges réelles. Chaque chiffre de cet article est rattaché au texte qui le fonde.

Mots-clés de cet article

le même net, trois chiffres d'affaires différents 0,5 % du CA · minimum 10 000 DA l'IFU regroupe IRG · TVA · TLS CASNOS auto-entrepreneur : forfait 24 000 DA/an 12 % du CA pour les prestations dividende : 33,40 DA prélevés sur 100 (services) assiette sociale : 25 % / 35 % du CA précédent pas d'abattement forfaitaire en IFU les charges réelles inversent le classement

1. 1. Que signifie « net », quand on est son propre employé ?

Le salarié connaît son net : ce que la fiche de paie verse sur son compte. L'indépendant hérite d'une question plus difficile, parce que « net » traverse des étages différents selon la structure choisie.

RégimeDe quoi le revenu est-il diminué ?
Auto-entrepreneurUne taxe unique de 0,5 % du chiffre d'affaires — qui regroupe l'IRG, la TVA et la TLS — plus la cotisation sociale
Entreprise individuelle à l'IFU5 % ou 12 % du chiffre d'affaires selon l'activité — même logique libératoire — plus la cotisation sociale
Société au réelLes charges réelles, puis l'IBS sur le bénéfice ; et pour sortir l'argent, une retenue sur dividende

Ce tableau contient déjà la raison pour laquelle les multiplicateurs circulants (« facture 130 % de ton net ») sont inutilisables ici. Ils viennent de systèmes où le revenu indépendant est imposé sur un bénéfice reconstitué par abattement. Le droit algérien fait l'inverse : à l'IFU comme chez l'auto-entrepreneur, l'impôt frappe le chiffre d'affaires encaissé, sans abattement pour frais — nos articles Statut juridique et chiffre d'affaires et Choisir son statut pour payer moins d'impôts détaillent cette mécanique et ses conséquences.

Pour rendre le calcul concret, nous prenons un cas unique dans tout l'article : un prestataire de services seul, qui vise 100 000 DA nets par mois, soit 1 200 000 DA par an, sans autre revenu.

2. 2. Auto-entrepreneur : combien facturer pour 100 000 DA nets par mois ?

Trois paramètres entrent dans le calcul, tous issus des textes :

ParamètreValeurTexte
Impôt sur le chiffre d'affaires0,5 %, avec un minimum de perception de 10 000 DACIDTA, art. 282 sexies · art. 365 · art. 29 LF 2025
Caractère libératoireL'impôt forfaitaire regroupe IRG, TVA et TLS : aucun autre impôt ne se prélève sur ce revenu d'activitéCIDTA, art. 282 bis (DGI, page IFU)
Cotisation socialeOption, au choix de l'assujetti, d'un forfait annuel de 24 000 DADécret exécutif n° 24-49 (JO n° 04/2024)
1

Financer le net visé et la cotisation sociale

1 200 000 DA de net + 24 000 DA de cotisation = 1 224 000 DA doivent sortir du chiffre d'affaires après impôt.

2

Diviser par ce qui reste de chaque dinar facturé

Un dinar facturé laisse 0,995 dinar après la taxe de 0,5 % : 1 224 000 ÷ 0,995 ≈ 1 230 151 DA.

3

Vérifier le minimum de perception

0,5 % × 1 230 151 ≈ 6 151 DA — inférieur au minimum de 10 000 DA. C'est donc 10 000 DA qui seront dus. Il manque 3 849 DA au calcul : le chiffre d'affaires devient ≈ 1 234 000 DA par an.

Vérification complète : 1 234 000 − 10 000 (impôt) − 24 000 (cotisation sociale) = 1 200 000 DA nets. Soit environ 103 000 DA de chiffre d'affaires par mois pour 100 000 DA nets. Le minimum de perception a ajouté près de 4 000 DA au calcul : sur les petits montants, c'est lui qui commande, pas le taux.

Deux garde-fous avant de retenir ce chiffre. D'abord l'activité : le statut suppose une activité figurant sur la liste éligible de la loi 22-23, hors professions réglementées et activités exclues (articles 2 et 3). Ensuite le plafond : à 1 234 000 DA, on reste très loin des 5 000 000 DA — mais tout modèle de croissance qui double le volume deux années de suite approche le seuil, dont le dépassement pendant trois années consécutives oblige à s'immatriculer au registre du commerce pour continuer (article 13).

3. 3. À l'IFU de droit commun : le calcul, et sa limite

L'entreprise individuelle qui ne relève pas du statut d'auto-entrepreneur — ou dont l'activité dépasse 5 000 000 DA sans excéder 8 000 000 DA — reste à l'impôt forfaitaire unique. Pour une prestation de services, le taux est de 12 % du chiffre d'affaires (art. 282 sexies), avec le même caractère libératoire : IRG, TVA et TLS sont dedans (art. 282 bis).

ÉtapeCalculRésultat
Net visé1 200 000 DA
Diviser par ce qui reste du dinar facturé1 200 000 ÷ 0,88≈ 1 364 000 DA de CA
Contrôle du minimum12 % × 1 364 000 = 163 680 > 30 000 DAminimum non atteint, sans effet

Soit environ 113 700 DA par mois. Mais ce montant porte un astérisque que le statut d'auto-entrepreneur n'a pas : la cotisation sociale ne s'y réduit pas à un forfait connu d'avance. Pour les non-salariés soumis à un régime forfaitaire, l'assiette de la cotisation est constituée par application au chiffre d'affaires de l'exercice précédent de pourcentages fixés par voie réglementaire — 25 % pour la production et la vente de biens, 35 % pour les services (décret exécutif n° 24-49 modifiant le décret n° 15-289, JO n° 04 du 23 janvier 2024). Pour une activité nouvelle, cette assiette de départ est fixée par la même réglementation indépendamment du chiffre d'affaires réalisé.

Conséquence pratique : le vrai chiffre d'affaires nécessaire à l'IFU est supérieur aux 1 364 000 DA ci-dessus, d'autant que la cotisation se calcule sur l'exercice précédent — elle suit le revenu avec un an de décalage. Nous ne publions pas ici le taux applicable : il relève du texte réglementaire des non-salariés et appelle une vérification auprès de la caisse, dossier en main.

Votre objectif de revenu, recalculé sur vos chiffres réels

Simulation complète AE / IFU / réel avec vos charges, votre activité et votre plan de croissance — recommandation écrite du régime et du calendrier de bascule.

Faire calculer mon seuil

4. 4. En société : pourquoi le même net demande près de moitié de plus

En société, l'étage fiscal change de nature : l'impôt ne frappe plus le chiffre d'affaires mais le bénéfice, et sortir l'argent ajoute un second étage. Pour les services, l'IBS est de 26 % (art. 150 du CIDTA) et le dividende supporte une retenue libératoire de 10 % (art. 104-I) : notre article Sortir l'argent de sa société détaille le cumul — 33,40 DA prélevés sur 100 DA de bénéfice intégralement distribué dans le commerce et les services.

Le calcul inverse s'écrit alors en une ligne : pour 1 200 000 DA nets en dividendes, il faut un bénéfice imposable d'environ 1 200 000 ÷ 0,666 ≈ 1 802 000 DA, soit environ 150 200 DA par mois — avant toute charge réelle de fonctionnement (comptabilité, local, assurances), qui viennent s'y ajouter puisque le bénéfice est ce qui reste après elles.

Le canal salarial existe aussi — rémunération de gérance versée contre bulletins — mais il ne se réduit pas à un multiplicateur : il mobilise le barème progressif de l'IRG publié par la Direction générale des impôts, ses abattements plafonnés, et la caisse de sécurité sociale varie selon votre participation au capital. C'est un calcul nominatif, pas une règle générale ; l'arbitrage salaire-dividende est traité dans l'article cité ci-dessus.

Et si vous êtes une entreprise individuelle au réel ? Ce cas intermédiaire existe : le bénéfice y est imposé directement au barème de l'IRG, sans l'étage de la retenue sur dividendes. Il échappe au multiplicateur simple comme le canal salarial — même méthode nominative.

5. 5. Le même revenu visé, trois chiffres d'affaires différents

Le récapitulatif complet, pour le même objectif — 100 000 DA nets par mois, prestation de services, aucune autre charge :

RégimeCA mensuel requisCA annuel requisCe que ce chiffre n'inclut pas
Auto-entrepreneur≈ 103 000 DA≈ 1 234 000 DARien — impôt et cotisation sociale inclus
IFU de droit commun (12 %)≈ 113 700 DA≈ 1 364 000 DALa cotisation sociale, assise sur une fraction du CA précédent
Société au réel, sortie en dividendes≈ 150 200 DA de bénéfice≈ 1 802 000 DA de bénéficeToutes les charges réelles de fonctionnement

La hiérarchie semble claire — et c'est précisément là que le raisonnement importé refait surface. Ce classement n'est valable que pour une activité à charges quasi nulles. Ajoutez des charges réelles et l'ordre change : l'IFU continue de prélever ses 12 % sur le chiffre d'affaires intégral quand la société ne paie l'IBS que sur le bénéfice restant. Sur une marge faible, la formule « la plus petite taxe » s'inverse — c'est le point développé dans notre article sur le choix du régime, et la raison pour laquelle ces calculs se font avant la constitution, pas après.

Reste enfin ce qu'aucune de ces trois colonnes ne mesure, et qui pèse parfois plus lourd que l'impôt : le registre du commerce que le statut d'auto-entrepreneur ne fournit pas, les états financiers que l'IFU ne produit pas, et la gouvernance que la société seule offre. Ces documents-là ne se voient pas dans le calcul du net — ils se voient le jour du premier crédit ou du premier appel d'offres.

6. 6. Comment refaire ce calcul avec vos propres chiffres ?

La méthode tient en quatre gestes, quel que soit votre objectif de revenu :

1

Fixez le net annuel visé, pas le mensuel

Les plafonds, minimums de perception et cotisations sociales s'apprécient à l'année. Un objectif mensuel se convertit avant tout calcul : × 12.

2

Ajoutez la cotisation sociale, divisez par ce qui reste du dinar

Auto-entrepreneur : + 24 000 DA, ÷ 0,995. IFU : ÷ 0,95 ou ÷ 0,88 selon l'activité — puis confrontez l'impôt obtenu au minimum de 30 000 DA, et rappelez-vous que la cotisation sociale des non-salariés s'ajoute sur une fraction du chiffre d'affaires précédent.

3

En société, partez du cumul, pas des taux séparés

IBS puis retenue sur dividende se composent : 33,40 % du bénéfice en services. Divisez le net visé par 0,666 — et ajoutez vos charges réelles au résultat.

4

Testez l'inversion avant de choisir

Reprenez le calcul avec vos charges réelles estimées : si la marge descend sous un tiers du chiffre d'affaires, refaites la comparaison complète — le classement peut basculer vers le réel.

Cette page présente des calculs illustratifs fondés sur les textes cités. Elle ne constitue ni un conseil fiscal personnalisé, ni une simulation de votre situation : les taux, minimums et assiettes évoluent à chaque loi de finances, et certains paramètres sociaux appellent une vérification auprès des caisses concernées.

FAQ — Questions fréquentes

Sources et références

  • Direction générale des impôts — Le régime de l'Impôt Forfaitaire Unique (IFU), page mise à jour le 28 février 2026 : art. 282 bis (l'IFU regroupe la TLS, la TVA et l'IRG), taux de 5 % (production et vente), 0,5 % (statut auto-entrepreneur) et 12 % (autres activités, BNC), seuils de 5 000 000 DA et 8 000 000 DA, minimums de perception de 30 000 DA et 10 000 DA (art. 365 du CIDTA, art. 29 LF 2025) — Direction générale des impôts (DGI) · Vérifié le 22/08/2026
  • Décret exécutif n° 24-49 du 13 janvier 2024 modifiant et complétant le décret exécutif n° 15-289 du 14 novembre 2015 relatif à la sécurité sociale des personnes non-salariées — art. 14 : assiette au réel égale au résultat ordinaire avant impôt de l'exercice précédent ; assiette sous régime forfaitaire égale à 25 % (production et vente de biens) ou 35 % (prestations de services) du chiffre d'affaires de l'exercice antérieur ; option ouverte à l'auto-entrepreneur d'une cotisation annuelle forfaitaire de 24 000 DA — Journal officiel de la République algérienne n° 04 du 23 janvier 2024 · Vérifié le 22/08/2026
  • Code des impôts directs et taxes assimilées (CIDTA), édition 2026 — art. 104-I (retenue libératoire de 10 % sur les produits de parts sociales et d'actions), art. 150 (taux de l'IBS 19 / 23 / 26 %) — Direction générale des impôts · Vérifié le 06/08/2026
  • Loi n° 22-23 du 18 décembre 2022 portant statut de l'auto-entrepreneur — art. 2 et 3 (activités éligibles et exclusions), art. 13 (dépassement du seuil de 5 000 000 DA durant trois années consécutives : inscription obligatoire au registre du commerce pour poursuivre) — Journal officiel de la République algérienne n° 85 du 19 décembre 2022 · Vérifié le 03/08/2026
  • Direction générale des impôts — Impôt sur le revenu global, traitements et salaires : barème progressif annuel à six tranches (0 % à 240 000 DA ; 23 % ; 27 % ; 30 % ; 33 % ; 35 %) et abattements applicables aux revenus salariaux, bornés (min. 1 000 DA/mois, max. 1 500 DA/mois) — Direction générale des impôts (DGI) · Vérifié le 22/08/2026
BENSAID Farouk ProfitPilot

BENSAID Farouk

Chargé d'Études Financières & Économiques — ProfitPilot NextGen Consulting

Expert certifié auto-entrepreneur, spécialisé en études financières, analyse des risques et études de marché pour PME, startups et investisseurs en Algérie. Voir le profil complet