Le point mort de votre projet : le seul chiffre que l'investisseur retient

En résumé : Le point mort est le chiffre d'affaires à partir duquel un projet cesse de perdre. Le plan-type de l'annexe V du décret n° 26-154 l'exige dans l'analyse de rentabilité. Il ne se lit pas directement dans le compte de résultat, que le système comptable financier présente par nature : il faut d'abord séparer charges fixes et variables. Cet article donne le calcul pas à pas sur un exemple chiffré, montre pourquoi le premier exercice inquiète, distingue seuil de rentabilité, seuil de trésorerie et seuil de remboursement, et termine par les deux contrôles que fait tout lecteur averti : la capacité installée et la sensibilité au prix.

Mots-clés de cet article

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1. Qu'est-ce que le point mort, et pourquoi l'investisseur le regarde-t-il d'abord ?

Le point mort, ou seuil de rentabilité, est le chiffre d'affaires à partir duquel le projet cesse de perdre de l'argent. En dessous, chaque vente réduit la perte ; au-dessus, elle crée du bénéfice. Rien de plus, mais c'est beaucoup.

Le texte l'exige. Pour un dossier de foncier économique, la partie VI du plan-type de l'annexe V du décret exécutif n° 26-154 du 14 avril 2026 range le seuil de rentabilité dans l'« analyse de rentabilité », à côté du TRI, de la VAN et du taux de marge (Journal officiel n° 31, p. 25).

Ce chiffre compte plus qu'un autre parce qu'il se compare à quelque chose de concret. La VAN et le TRI dépendent d'un taux d'actualisation que le lecteur peut contester. Le point mort, lui, se pose à côté de la capacité de l'usine et du marché visé. D'après nos missions, c'est la première question d'un investisseur ou d'un analyste qui a l'habitude des dossiers. À combien de pour cent de sa capacité ce projet doit-il tourner pour ne pas perdre ? Les autres indicateurs sont traités dans VAN, TRI et délai de récupération.

2. Pourquoi le compte de résultat ne donne-t-il pas le point mort directement ?

Parce qu'il n'est pas construit pour. Le système comptable financier présente les charges par nature : l'arrêté du 26 juillet 2008 demande une « analyse des charges par nature, permettant de déterminer les principaux agrégats de gestion suivants : marge brute, valeur ajoutée, excédent brut d'exploitation » (point 230-2). Un compte de résultat par fonction n'est qu'une possibilité, présentée en annexe (point 230-3).

Or le point mort demande une autre lecture : séparer ce qui varie avec le volume de ce qui ne varie pas. Il faut donc reclasser chaque ligne du prévisionnel. Le tableau ci-dessous donne le classement que nous appliquons par défaut. Il se discute ligne par ligne selon le projet.

Ligne du compte de résultatClassement par défautPourquoi
Achats consommés (matières, emballages)VariableSuivent le volume produit
Énergie, transport, sous-traitance de productionMixteUne part fixe (abonnement, contrat minimum), une part liée au volume
Loyers, assurances, honoraires, maintenance programméeFixeDus quel que soit le volume
Charges de personnel (salaires et part patronale)Fixe, le plus souventVariables seulement si la rémunération dépend du volume
Impôts et taxes hors IBSFixeSans lien avec le chiffre d'affaires depuis la suppression de la TAP
Dotations aux amortissementsFixeCharge non décaissée, à retirer pour le seuil de trésorerie
Charges financièresFixeDépendent du crédit, pas du volume

Classement de méthode, issu de notre pratique ; il n'a pas de valeur normative.

Les charges mixtes sont celles qui faussent le calcul. Classer toute l'énergie en fixe baisse artificiellement le point mort d'un projet industriel ; la classer toute en variable l'élève. La seule façon honnête de la traiter est de lire le contrat ou la facture, qui séparent l'abonnement de la consommation.

3. Comment calculer le seuil de rentabilité d'un projet ?

En trois étapes, à partir du prévisionnel reclassé.

  1. La marge sur coûts variables = chiffre d'affaires − charges variables. Son taux est cette marge divisée par le chiffre d'affaires.
  2. Le seuil de rentabilité = charges fixes ÷ taux de marge sur coûts variables.
  3. Le point mort en jours = seuil ÷ chiffre d'affaires × 360. C'est la date de l'exercice à laquelle le seuil est atteint, en année commerciale de 360 jours et si l'activité est régulière.

Appliquons-le à l'exercice 3 de l'exemple publié dans notre article sur le compte d'exploitation prévisionnel. Les valeurs restent purement illustratives. Nous supposons que 40 % des services extérieurs varient avec le volume.

Élément (millions de dinars)Exercice 3
Chiffre d'affaires HT110,0
Charges variables (achats 44,0 + 40 % des services extérieurs 4,0)48,0
Marge sur coûts variables62,0
Taux de marge sur coûts variables56,4 %
Charges fixes (services 6,0 + personnel 19,0 + impôts 1,0 + amortissements 7,0 + intérêts 2,4)35,4
Seuil de rentabilité (35,4 ÷ 56,4 %)62,8
Marge de sécurité (110,0 − 62,8)47,2, soit 42,9 % du chiffre d'affaires
Point mort206e jour, fin juillet

Vérification : 62,0 − 35,4 = 26,6, le résultat avant impôt de l'exercice 3 dans l'exemple d'origine.

Le même calcul se fait en quantités, ce qui parle davantage à un industriel : charges fixes ÷ (prix de vente unitaire − coût variable unitaire). On obtient le nombre d'unités à vendre dans l'année pour ne pas perdre. Si le projet vend plusieurs produits, le taux de marge se calcule sur le mix prévu. Changer le mix change le seuil.

Deux limites à garder en tête. Le point mort en jours suppose des ventes réparties régulièrement ; pour une activité saisonnière (agroalimentaire, BTP, tourisme), il se calcule mois par mois sur le plan de trésorerie. Et le résultat réagit plus que proportionnellement au volume : dans l'exemple, la marge sur coûts variables vaut 2,3 fois le résultat avant impôt (62,0 ÷ 26,6). Une baisse de 10 % du volume fait donc baisser ce résultat d'environ 23 %. C'est l'effet de levier des charges fixes.

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4. Pourquoi le point mort du premier exercice inquiète-t-il ?

Parce que c'est là que la marge de sécurité est la plus mince. Reprenons l'exercice 1 du même exemple : 60,0 millions de chiffre d'affaires, 27,2 de charges variables, 30,0 de charges fixes.

Exercice 1 : seuil de rentabilité de 54,9 millions pour 60,0 millions de chiffre d'affaires. La marge de sécurité tombe à 8,5 %. Le point mort arrive au 329e jour, fin novembre. Il suffit que les ventes démarrent avec un mois de retard pour que l'exercice soit déficitaire.

C'est le même constat que la couverture de l'annuité, à peine supérieure à 1 en première année dans l'exemple d'origine. Les deux chiffres disent la même chose sous deux formes : la première année ne supporte pas d'imprévu. C'est à elle que répond un différé de remboursement.

D'après nos missions, un analyste qui voit un point mort en fin d'exercice ne rejette pas le projet pour autant. Il demande ce qui se passe si le démarrage glisse de trois mois. Un dossier qui a déjà la réponse, chiffrée, gagne sa confiance.

5. Seuil de rentabilité, de trésorerie ou de remboursement : lequel présenter ?

Parce que le seuil de rentabilité ne dit pas tout de la trésorerie. Deux corrections donnent deux autres chiffres, et chacun répond à une question différente.

SeuilCharges fixes retenuesExercice 3Question à laquelle il répond
Seuil de rentabilitéToutes : 35,462,8À partir de quand le projet est-il bénéficiaire ?
Seuil de trésorerieSans les amortissements : 28,450,4À partir de quand l'activité couvre-t-elle ses décaissements ?
Seuil de remboursementDécaissées + capital remboursé dans l'année : 28,4 + 5,6 = 34,060,3À partir de quand l'activité rembourse-t-elle aussi le crédit ?

Capital remboursé = annuité de 8,0 − intérêts de 2,4. Seuils calculés au taux de marge sur coûts variables de 56,4 %.

Le seuil de remboursement est celui qui intéresse la banque, même si elle ne l'appelle pas ainsi : le capital du crédit n'est pas une charge et n'apparaît pas au compte de résultat. Il sort pourtant de la caisse. Ce troisième seuil n'a pas de définition réglementaire ; c'est un outil de méthode que nous ajoutons aux dossiers de crédit.

6. Le point mort tient-il face à la capacité installée ?

C'est le contrôle que fait tout lecteur averti. Le point mort exprimé en volume se compare à la capacité installée annoncée dans la partie technique de l'étude.

Dans l'exemple, si 110 millions correspondent à l'activité de l'exercice 3, le seuil de 62,8 millions représente 57 % de ce volume. Si l'étude technique annonce que l'usine tourne ce même exercice à 70 % de sa capacité, le point mort se situe autour de 40 % de la capacité. C'est le chiffre que l'investisseur retient. Un point mort qui exige de tourner au-delà du taux d'utilisation annoncé dans l'étude est une incohérence que le lecteur voit sans calculer ; c'est l'un des écueils de l'étude technico-économique.

Le test de sensibilité qui manque presque toujours

Le seuil de rentabilité, exprimé en chiffre d'affaires, ne bouge pas quand le volume varie. Seule la marge de sécurité change. Il bouge en revanche dès que le prix ou le coût variable changent. Dans l'exemple, une baisse de 10 % du prix de vente, à volume et coûts inchangés, fait passer le taux de marge de 56,4 % à 51,5 %. Le seuil monte à 68,7 millions pour un chiffre d'affaires de 99,0 : il faut désormais vendre 69 % du volume au lieu de 57 % pour ne pas perdre.

D'après nos missions, un prévisionnel qui présente ce test sur le prix, le coût de la matière principale et la date de démarrage répond d'avance aux trois objections que nous entendons le plus souvent. Il ne remplace pas le scénario central ; il montre que celui-ci a été éprouvé.

Cet article présente une méthode de calcul et un exemple aux valeurs illustratives ; il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation de lancer un projet, ni une garantie de résultat ou de financement. Toute décision doit reposer sur les données réelles du projet et sur les conditions de financement effectivement obtenues.

FAQ — Questions fréquentes

Sources et références

  • Décret exécutif n° 26-154 du 26 Chaoual 1447 correspondant au 14 avril 2026 modifiant et complétant le décret exécutif n° 23-487 du 28 décembre 2023 — annexe V, plan-type de l'étude technico-économique, partie VI « Prévisions économiques et financières » : compte de résultat, tableau de trésorerie et bilan prévisionnels (3 à 5 ans) ; analyse de rentabilité : TRI, VAN, seuil de rentabilité, taux de marge (p. 25) — Journal officiel de la République algérienne n° 31 du 28 avril 2026 · Vérifié le 15/10/2026
  • Arrêté du 23 Rajab 1429 correspondant au 26 juillet 2008 fixant les règles d'évaluation et de comptabilisation, le contenu et la présentation des états financiers ainsi que la nomenclature et les règles de fonctionnement des comptes — points 230-1 (le compte de résultat ne tient pas compte des dates d'encaissement et de décaissement), 230-2 (analyse des charges par nature : marge brute, valeur ajoutée, excédent brut d'exploitation), 230-3 (compte de résultat par fonction possible en annexe) — Journal officiel de la République algérienne n° 19 du 25 mars 2009 · Vérifié le 17/10/2026
BENSAID Farouk ProfitPilot

BENSAID Farouk

Chargé d'Études Financières & Économiques — ProfitPilot NextGen Consulting

Expert certifié auto-entrepreneur, spécialisé en études financières, analyse des risques et études de marché pour PME, startups et investisseurs en Algérie. Voir le profil complet