Après l'attribution : ce que le concessionnaire agricole doit faire, et ce qui fait perdre la terre

En résumé : Obtenir une concession agricole, c'est signer un cahier des charges pour quarante ans au plus. Sous la loi 10-03, quatre manquements ouvrent la résiliation : détourner la terre de sa vocation agricole, l'abandonner un an, la sous-louer, ou ne pas payer la redevance deux années de suite (article 29). Sur les terres à mettre en valeur du décret 21-432, s'ajoute le défaut de démarrage des travaux dans les six mois. La procédure suit un ordre fixé par les textes : constat, mise en demeure, résiliation administrative, recours. En fin de concession, l'État reprend la terre et indemnise les biens superficiaires, avec une réduction de 10 % si la fin vient d'un manquement.

Mots-clés de cet article

un an sans exploiter suffit deux redevances impayées de suite la sous-location ouvre la résiliation travaux dans les six mois (décret 21-432) constat d'huissier, puis mise en demeure deux mois pour contester (loi 10-03) indemnité minorée de 10 % un an pour les héritiers

1. 1. Que signe-t-on en devenant concessionnaire ?

Le candidat retenu signe un cahier des charges avec l'ONTA (ou l'ODAS au Sahara), puis les services des domaines établissent l'acte de concession. La concession prend effet à la publication de cet acte à la conservation foncière.

PointLoi 10-03 (EAC, EAI, terres excédentaires)Décret 21-432 (terres à mettre en valeur)
Cahier des chargesModèle en annexe III du décret 10-326Modèle annexé au décret 21-432
Durée40 ans au plus, renouvelable (art. 4)40 ans au plus, renouvelable (art. 10)
RenouvellementÀ demanderPar écrit, au moins un an avant l'échéance
PropriétéAucun transfert, la terre reste à l'ÉtatAucun transfert, la terre reste à l'État

Pour les terres à mettre en valeur, le business plan présenté au dossier est annexé au cahier des charges. Il devient la référence du contrôle.

2. 2. Quelles sont les obligations du concessionnaire ?

ObligationTexte
Exploiter directement et personnellementLoi 10-03, art. 22 ; décret 10-326, annexe III, art. 3
Préserver la vocation agricole des terresDécret 10-326, annexe III, art. 3 ; décret 21-432, annexe, art. 6
Gérer de façon régulière et permanenteLoi 10-03, art. 23
Ne pas sous-louerLoi 10-03, art. 29 ; décret 10-326, annexe III, art. 3
Conclure un partenariat par acte authentique publiéLoi 10-03, art. 21
Payer la redevance annuelleLoi 10-03, art. 4 ; décret 10-326, annexe III, art. 9
Lancer les travaux dans les six mois de l'installationDécret 21-432, art. 11
Ne pas louer, sous-louer, hypothéquer ni céder les droitsDécret 21-432, annexe, art. 6
Laisser l'ONTA contrôler l'exploitationDécret 21-432, annexe, art. 7

L'obligation d'exploiter personnellement est celle qui surprend le plus. Elle interdit de confier la terre à un tiers contre un loyer, même entre membres d'une même famille. Pour faire entrer un investisseur sans perdre la concession, la loi prévoit le partenariat, que nous avons détaillé dans le partenariat agricole sur une concession.

3. 3. Comment se paie la redevance, et que risque-t-on à ne pas la payer ?

La redevance est annuelle. Son montant est fixé par la loi de finances (article 4 de la loi 10-03, article 12 du décret 21-432). Ni la loi ni le décret ne donnent de chiffre : il faut se reporter à la loi de finances applicable et à l'avis de l'inspection des domaines.

Le cahier des charges du décret 10-326 précise les modalités (annexe III, article 9). La redevance se paie par annuités, à terme échu, à l'inspection des domaines territorialement compétente. Le concessionnaire envoie périodiquement à l'ONTA la preuve de ses paiements.

Le retard a une limite claire. L'article 29 de la loi 10-03 range le non-paiement de la redevance pendant deux années consécutives parmi les manquements. Le cahier des charges du décret 21-432 retient la même règle.

Conservez donc chaque quittance et chaque preuve d'envoi à l'ONTA. En cas de litige, c'est vous qui devrez prouver que vous avez payé.

Une mise en demeure reçue ?

Lecture de la mise en demeure, calcul des redevances dues, plan de régularisation dans le délai, préparation du recours si nécessaire.

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4. 4. Quels manquements peuvent faire perdre la concession ?

ManquementLoi 10-03 (art. 29)Décret 21-432 (annexe, art. 8)
Détourner la terre de sa vocation agricoleOuiOui, la vocation agricole est une obligation
Laisser la terre inexploitéeUn anTravaux non lancés dans les six mois
Sous-louer ou louer la terreOuiOui
Ne pas payer la redevanceDeux années consécutivesDeux années consécutives

Sous la loi 10-03, le délai est d'un an. Une terre non semée pendant une campagne entière s'en approche déjà. Si un événement vous empêche d'exploiter, prévenez l'ONTA par écrit : le cahier des charges du décret 10-326 vous oblige à l'informer de tout fait qui affecte l'exploitation.

5. 5. Comment se déroule la résiliation ?

Les deux régimes suivent la même logique, avec des délais différents.

ÉtapeLoi 10-03 (art. 28)Décret 21-432 (art. 22 à 24 et annexe, art. 8)
ConstatPar huissier de justicePar procès-verbal
Mise en demeureUne, par l'ONTA, avec un délai pour se conformerDeux, à quinze jours d'intervalle
RésiliationAdministrative, par les domaines, à la demande de l'ONTADemandée aux domaines par l'ONTA ou l'ODAS
RecoursDeux mois à compter de la notificationQuinze jours à compter de la notification

La mise en demeure est le moment décisif. Elle fixe un délai pour régulariser : payer les redevances, reprendre l'exploitation, mettre fin à une location. Une régularisation dans ce délai arrête la procédure.

Le délai de recours du décret 21-432 est court. Quinze jours passent vite si la notification arrive pendant une campagne. Notez la date de réception dès le premier jour.

6. 6. Que perd-on quand la concession prend fin ?

Sous la loi 10-03, l'article 26 prévoit que l'État reprend les terres et les biens superficiaires dans l'état où ils se trouvent. Les biens superficiaires (bâtiments, plantations, équipements hydrauliques) donnent lieu à une indemnité fixée par l'administration des domaines. Si la fin résulte d'un manquement, l'indemnité est réduite de 10 %. Son montant peut être contesté.

L'article 27 ajoute que les privilèges et hypothèques qui grevaient l'exploitation se reportent sur l'indemnité. La banque qui a financé un forage sera donc payée sur cette somme avant vous.

Sur les terres à mettre en valeur, le cahier des charges du décret 21-432 transfère les biens immeubles à l'État en cas de résiliation, et les dettes restent à la charge du concessionnaire (annexe, article 11).

Pour mesurer ce que vaut une concession avant d'y investir, ou avant de la céder, voyez la méthode de calcul de la valeur d'un droit de concession.

7. 7. Que se passe-t-il au décès du concessionnaire ?

Sous la loi 10-03, les héritiers disposent d'un an à compter du décès pour choisir entre trois options : désigner un représentant, renoncer en faveur de l'un d'eux, ou céder leurs droits (article 25). Passé ce délai, l'ONTA saisit le tribunal compétent.

Sur les terres à mettre en valeur, le décret 21-432 laisse six mois aux héritiers pour demander à poursuivre l'exploitation (article 26). Quand le concessionnaire est une société, sa dissolution met fin à la concession et la terre revient à l'État.

Ces délais courent sans relance. Une famille qui attend la fin du deuil pour s'en occuper peut les dépasser.

FAQ — Questions fréquentes

Sources et références

  • Loi n° 10-03 du 15 août 2010 fixant les conditions et les modalités d'exploitation des terres agricoles du domaine privé de l'État, articles 4 (durée, redevance fixée par la loi de finances), 21 (partenariat), 22 et 23 (exploitation directe, personnelle, régulière et permanente), 25 (héritiers), 26 et 27 (fin de concession, indemnité minorée de 10 %, report des hypothèques), 28 (constat, mise en demeure, résiliation, recours de deux mois), 29 (manquements) — Journal officiel de la République algérienne n° 46 du 18 août 2010 (copie FAOLEX, FAO) · Vérifié le 22/10/2026
  • Décret exécutif n° 10-326 du 23 décembre 2010 fixant les modalités de mise en œuvre du droit de concession pour l'exploitation des terres agricoles du domaine privé de l'État, annexe III, cahier des charges : articles 3 (obligations), 5 (prise d'effet), 8 (résiliation) et 9 (redevance payée à terme échu à l'inspection des domaines) — Journal officiel de la République algérienne n° 79 du 29 décembre 2010 (copie FAOLEX, FAO) · Vérifié le 22/10/2026
  • Décret exécutif n° 21-432 du 4 novembre 2021 définissant les conditions et modalités d'attribution des terres relevant du domaine privé de l'État, à mettre en valeur dans le cadre de la concession, articles 10 (durée), 11 (travaux sous six mois), 12 (redevance), 22 à 24 (mises en demeure, résiliation, recours de quinze jours), 26 (héritiers) et annexe, articles 4, 6, 7, 8 et 11 (cahier des charges type) — Journal officiel de la République algérienne n° 85 du 7 novembre 2021 (copie FAOLEX, FAO) · Vérifié le 22/10/2026
BENSAID Farouk ProfitPilot

BENSAID Farouk

Chargé d'Études Financières & Économiques — ProfitPilot NextGen Consulting

Expert certifié auto-entrepreneur, spécialisé en études financières, analyse des risques et études de marché pour PME, startups et investisseurs en Algérie. Voir le profil complet